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  • : Ananie
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  • : Ce blog a pour but de présenter une vision spirituelle de la tradition chrétienne
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 14:50

De nos jours, on définit parfois l'homme en deux parties, le corps et l'âme. Dans cette vision des choses, on ne perçoit plus la différence entre âme et esprit qui sont assimilés comme une seule et même chose.

Pourtant Saint Paul et les pères de l'Eglise définissent une structure de l'homme en trois parties : le corps, l'âme et l'esprit.

« Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu'il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. » (Saint Paul, 1 Thessaloniciens 5, 23).

Certains auteurs chrétiens définissent l'esprit comme la pointe extrème de l'âme, son coeur, son centre, ou l'âme de notre âme. Mais pour que cette affirmation soit comprise dans son juste sens, il me semble important d'étudier la vision de l'homme décrite par les premiers chrétiens. Tentons donc de définir ces trois parties de l'homme :


  • Le corps, tout le monde le comprends aisément, c'est notre physique, la dimension matérielle de notre être.

  • L'âme c'est ce que l'on pourrait définir dans le langage contemporain comme notre psychisme. Cela comprends toutes nos pensées, nos émotions, nos perceptions, nos ressentis, nos instincts (qui sont un vécu de l'âme à propos du corps), toutes les facultés de notre âme (volonté, imagination, mémoire...), bref tout ce que peut percevoir notre conscience, tout ce qui anime notre corps. Notre âme est constituée de l'ensemble de ce dont nous sommes conscient dans le présent et de la mémoire, consciente et inconsciente, de tout ce que nous avons expérimenté dans le passé (car notre inconscient enregistre absolument tout ce que nous avons vécu : toutes les pensées, toutes les émotions, toutes les sensations...). C'est notre âme qui fait notre personnalité : si par exemple quelqu'un a une personnalité douce, c'est qu'il a développé en lui, par le passé, l'habitude de réagir avec douceur aux expériences qu'il ou elle vivait. Lorsque l'on dit « c'est ma nature, je suis comme ça, je ne peux pas changer », on se trompe car ce que nous appelons ici « notre nature » n'est en fait qu'une somme d'expériences vécues par notre âme et stockées dans notre inconscient. Si nous prenons la ferme décision de changer, et que nous commençons à développer de nouvelles habitudes, avec le temps, ces nouvelles habitudes vont devenir plus fortes que les anciennes et notre personnalité changera. Notre personnalité, contrairement à ce que nous pensons souvent, n'est pas prééxistante, nous l'avons nous-mêmes créée par la manière dont nous avons réagit aux différentes expériences de notre vie. Ce qui est prééxistant en nous, c'est l'image de Dieu, car Dieu nous a créé à son image et à sa ressemblance. Mais nous sommes dans une certaine confusion du fait que nous assimilons le centre de notre être à notre âme : nous croyons que dans notre âme il y a un moi immuable, avec sa personnalité, qui pense, qui ressent... Or, l'âme n'est pas un être qui pense et qui ressent : il n'y a pas d'un côté l'âme et de l'autre ses expériences psychiques (pensées, émotions...etc) ; sa substance même est constituée de l'ensemble de toutes nos expériences psychiques.

  • L'esprit c'est ce qui est au centre de notre âme, c'est notre être lui-même, et c'est une ouverture sur la lumière infinie de Dieu. Les Pères de l'Eglise disent que c'est notre faculté contemplative qui tend vers Dieu et que c'est en nous l'image de Dieu. Nous sommes tous conscients d'avoir un corps et une âme (qui sont en quelque sorte à la périphérie de notre être), mais généralement, nous ne percevons pas notre esprit. Car l'esprit est au delà du psychisme. Il n'est ni une partie du psychisme, ni un aspect du psychisme, ni un état particulier du psychisme. Il est en dehors, au delà. Il ne peut être perçu ou compris par notre psychisme et tous les mots pour l'exprimer sont imparfaits. Définir l'esprit comme le coeur de l'âme est intéressant, car cela nous aide à comprendre que de la même manière que notre âme habite notre corps tout en n'étant pas limitée par ses limites spatio-temporelles, l'esprit habite l'âme tout en n'étant pas limité pas ses limites psychiques. D'autre part définir l'esprit comme quelque chose d'autre que l'âme est aussi très util. Cela nous montre que pour accéder à l'esprit il ne faut par chercher à faire taire notre psychisme, mais regarder au delà. Ainsi, les Saints contemplatifs expliquent très bien que pour accéder à Dieu au travers de notre esprit (qui est unit à Lui), il ne sert à rien de lutter contre les pensées et tout ce que nous ressentons, mais il faut aller au delà. L'esprit étant au delà du psychisme, tous deux peuvent coéxister dans notre conscience, de la même manière que nous pouvons être conscient de notre âme tout en étant conscient de notre corps.


 

Essayons maintenant de définir la structure ternaire de l'homme par une image métaphorique. Celle-ci peut nous aider à mieux comprendre ce qui est dit ici.

Tout d'abord, on peut comparer notre esprit à une étoile, au sens où les peuples primitifs (les amérindiens par exemple) se la représentaient. Pour eux, une étoile était un trou dans la voute céleste qui laissait passer la lumière divine qui ainsi pouvait parvenir jusqu'à la terre. Notre esprit sera donc définit par ce trou, cette ouverture dans notre être, qui laisse passer la lumière divine, et aussi par la lumière qui le traverse car la lumière et l'ouverture ne peuvent être séparées (la lumière peut exister sans ouverture -bien qu'alors elle ne se manifeste pas dans le monde-, mais s'il y a ouverture, il y a nécessairement de la lumière qui passe au travers).

Imaginons ensuite un prisme, placé juste au bord de l'atmosphère de la Terre, dans l'axe de l'étoile et du faisseau de lumière qui la traverse. Ce rayon de lumière divine, blanche (rien ne peut permettre de définir la lumière divine, pas même une couleur, mais ce blanc est util pour notre conparaison) rencontre le prisme qui sépare cette lumière en les septs couleurs de l'arc en ciel (voir l'image ci-dessous). Ces couleurs traversent l'atmosphère et viennent colorer la surface de notre planète.

 

prisme


Dans cette comparaison, on pourra assimiler notre âme à l'ensemble du prisme et des lumières colorées qui traversent l'atmosphère. Le prisme représentera tout ce qui est emmagasinné dans notre psychisme et qui constitue nos habitudes et notre personnalité, façonnées par notre passé. Les lumières qui traversent l'atmosphère représentent nos pensées, nos émotions, nos intentions, bref tout ce qui apparaît dans notre psychisme dans le présent. Les lumières qui apparaissent à la surface du globe terrestre représentent nos paroles et nos actions, qui ont leur origine dans notre psychisme et qui se manifestent dans le monde au travers de notre corps.


L'âme d'un Saint pourra être comparée à un cristal pur : la lumière divine devient, en passant au travers de cette âme, de magnifiques couleurs pures qui peuvent représenter autant d'états d'esprit vertueux. Les lumières qui arrivent sur la Terre restent pures, ainsi, les paroles et actions du Saint sont vertueuses et source de Bien, elles rendent le monde meilleur.

Les Saints, on le voit en lisant les récits de leurs vies, ont tous des personalités différentes, et expriment l'Amour de Dieu chacun à leur manière. Dans notre comparaison les Saints sont tous des cristaux purifiés, translucides, mais on peut dire que suivant les Saints, suivant leurs expériences, les choix qu'ils ont fait et les voies qu'ils ont choisit, chaque cristal est taillé de manière différente -cette taille symbolise la personnalité du Saint- ce qui induit qu'il sépare la lumière différement : l'âme de tel Saint par exemple est un cristal qui émet plus de rouge, ainsi, sa charité se manifeste davantage par des actions, tel autre émet plus de bleu et son âme est davantage contemplative.


L'âme d'un être ordinaire pourra alors être comparée à un cristal souillé. Elle est moins réceptive que celle d'un Saint à la Puissance qui est au dessus d'elle et qui la dépasse (celle de Dieu). Les couleurs qui sortent de ce prisme sont alors assombries par les souillures, ainsi, celui-ci projette sur la terre des lumières plus ou moins sombres. Cela signifie que les pensées et intentions d'un être ordinaire sont plus ou moins imprégnées d'amour, ce qui fait que ses paroles et ses actes, seront plus ou moins vertueux, plus ou moins nuisibles aux autres et à l'âme elle-même.


De cette comparaison on peut également déduire que dans une pensée, une parole ou un acte non-vertueux, demeure la lumière divine. Mais cette lumière est déformée, obscurcie par les taches du cristal qui sont créées par l'homme, du fait de son libre arbitre.

En effet, comme le dit Saint Augustin, le mal ne tiend pas son existence de lui-même, ou d'un principe mauvais, son essence profonde est divine car tout ce qui existe ne peut exister que parce que Dieu -qui est l'Être, le principe d'existence- est en lui.

Le mal n'est pas non plus créé par Dieu : c'est l'âme souillé d'un être qui déforme la vie qu'elle reçoit de Dieu -bonne et aimante par nature- et la transforme en mal, car Dieu a créé toutes choses bonnes : « Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon. » (Génèse 1, 31).

Avec l'habitude de la pratique spirituelle, on peut aussi et avant tout constater ce fait en nous : lorsque nous purifions complètement une émotion négative, alors il reste l'amour et la paix qui viennent de Dieu et qui étaient contenues dans l'émotion en question et voilés par elle.


J'ai lu ou entendu dire par un exégète que les commentateurs des écritures sont souvent dans l'embarras pour distinguer, dans la Bible l'esprit avec un petit « e » (notre esprit) et l'Esprit avec un grand « E » (Dieu). En effet, dans notre comparaison, peut on dire que la lumière qui sort de l'ouverture de notre esprit (de l'étoile) est différente de la lumière de l'Esprit qui est au delà du trou, derrière la voute céleste ? Ces deux lumières sont une. La lumière avant l'ouverture est Dieu, et la lumière qui passe au travers du trou est aussi Dieu, mais elle s'exprime comme un rayon, dans l'espace d'un être. L'esprit est l'étincelle divine qui est en chaque être, et cette étincelle n'est pas une partie de Dieu, elle est une avec Dieu, de même qu'une vague est une avec la mer. Dans l'esprit, l'homme accède à l'unité avec Dieu et à la transcendance, car si l'âme et le corps sont le lieu de notre moi, l'esprit lui est en dehors du moi.


Dans notre fonctionnement habituel, nous nous identifions à notre corps (« je suis mon corps ») et à notre âme (« je suis ce que je pense et ce que je ressens »). Mais pour accéder à notre dimension spirituelle, nous devons aller au delà de ce nous-mêmes dont nous avons l'habitude. « C'est en s'oubliant que l'on se retrouve soi-même » dit Saint françois d'Assise. C'est en acceptant de nous vider de nous-mêmes que nous retrouvons le véritable centre de notre être (notre esprit) qui lui-même est, en tant que vide, ouverture à Dieu.

 

Il me semble que nous pressentons parfois ce vide mais que nous en avons peur et que nous cherchons à le combler... par des possessions matérielles, des relations affectives, de la reconnaissance, du savoir, des émotions...etc. Ces choses ne sont pas mauvaises et nous ne sommes pas dans l'erreur en les utilisant de manière juste ; là où nous nous trompons c'est quand nous croyons qu'elles vont combler notre vide intérieur et nous donner un Bonheur durable. Mais ce vide intérieur, rien au monde ne peut le combler... En fin de compte, celui-ci est une dimension de notre être que nous devons reconnaître et accepter et qui a pour fonction de recevoir la Grâce de Dieu qui, elle seule, peut nous combler indéfiniment... Car comme toutes les créatures de Dieu, nous sommes tirés du néant, c'est à dire qu'en tant que 'moi' nous sommes vides : notre être ne nous appartiend pas, il est à Dieu, et grâce à Lui, il est plénitude...

C'est pourquoi nous ne pouvons d'aucune manière saisir la Grâce qui se deverse en nous : à l'instant où notre conscience, comme une bouche, se referme pour s'accaparer cette nourriture que Dieu lui donne, ce pain du ciel ne peut plus entrer en elle.

Le cheminement spirituel consiste donc à prendre conscience de notre essence profonde qui est ouverture à Dieu et à purifier notre âme à l'aide de la Grâce afin qu'elle devienne capable d'exprimer dans le monde la lumière qu'elle reçoit de Dieu. Ainsi, ayant reconnu notre esprit qui est unit à Dieu, et purifié notre âme, tout notre être ne fera qu'un avec Dieu, sera l'expression de Dieu. Par l'ouverture de notre esprit, Dieu commandera à notre âme qui a son tour s'exprimera dans le monde au travers de notre corps.

La véritable purification concerne donc notre âme car elle seule peut-être bonne ou mauvaise : notre esprit est pur (mais caché, inconscient) et notre corps est neutre, il exprime simplement ce dont l'âme est porteuse.


On peut aussi comprendre, grâce à notre comparaison, l'affirmation des théologiens qui disent que Dieu ne peut être perçu et que l'on ne peut qu'être un avec Lui. En effet, celui qui purifie totalement son âme et prend conscience de son esprit (au dessus du prisme de notre comparaison) se retrouve complètement illuminé par la lumière divine mais il ne voit rien, il est comme dans l'obscurité (dans la nuit obscure de Saint Jean de la Croix). Il voit les effets de Dieu sur son âme mais Dieu lui-même il le contemple dans la divine ténèbre selon l'expression du pseudo Denys l'Aréopagite.

Comment cela se fait-il ?

En voici l'explication selon notre métaphore : Lorsque l'on regarde le ciel la nuit, ormis les étoiles et la lune, il nous apparaît noir, totalement obscur. Pourtant les physiciens nous disent qu'il est emplit de lumière... Mais comme l'espace céleste et vide de toute particule, la lumière ne peut apparaître, car elle ne rencontre rien et n'éclaire donc rien. En effet, la lumière ne peut être perçu en elle-même : elle n'apparait que lorsqu'elle rencontre un objet qu'elle éclaire. Il en est de même de Dieu : lorsqu'un Saint parvient à la contemplation suprème de Dieu, au delà de toute pensée, de tout ressenti, de toute imagination, en un mot, au delà du psychisme, il est en communion avec Dieu, il voit Dieu en Lui-même, mais il ne voit rien : comme dirait Sainte Thérèse d'Avila, il voit Dieu sans voir car son entendement (son intellect) ne peut rien saisir et comprendre de ce qu'il voit.

 

 

 

 

En lien ci-dessous une étude de 13 pages sur la conception corps-âme-esprit des premiers chrétiens, avec citations de Pères de l'Eglise, de la Bible...

 
http://meditationchretienne.org/site/documents/13_Anthropologie_des_Peres.pdf

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 14:48

Que cela soit conscient, ou plus enfouit dans notre psychisme, nous autres chrétiens croyons parfois que Dieu est extérieur à nous-mêmes. Cette idée en engendre une foule d'autres qui nous trompent sur la nature de Dieu et réduisent parfois notre pratique spirituelle à quelque chose s'apparentant plus à de la superstition qu'à de la religion. Ainsi nous croyons que Dieu nous juge, qu'il comptabilise nos bonnes et mauvaises actions, ou que nous pouvons marchander avec lui « si je te donnes ceci, tu me donnes cela », ou encore que certaines choses, comme l'amour du prochain, lui plaisent alors que d'autres non.

Pourtant, tous les Saints de notre religion expliquent très clairement le fait que Dieu est à l'intérieur de nous. Par exemple Saint Augustin dit qu'il a cherché Dieu au dehors, mais qu'il l'a trouvé au dedans de lui. Sainte thérèse d'Avila compare l'âme à un château, au centre duquel Dieu habite. Et on pourrait trouver des idées de ce genre chez tous les auteurs chrétiens, très probablement sans aucune exception.


Alors pourquoi cette confusion ? Cela vient à mon avis d'une mauvaise compréhension du langage chrétien, qui est utilisés par les mêmes Saints qui croient que Dieu est en nous. Celui-ci consiste à personnifier cet absolu que l'on appelle Dieu afin d'entrer en relation avec Lui.

Ce langage est en quelque sorte imparfait, et il en est de même pour le langage de toutes les religions. C'est la grande contradiction de tous les systèmes religieux : ceux-ci nous proposent un chemin, avec tout un système de concepts, pour réaliser un absolu qui est lui, au delà de toute conception. Mais il est impossible de proposer à l'homme, enfermé dans sa vision conceptuelle de la réalité, un chemin vers l'absolu, si ce n'est au travers d'autres concepts, seuls éléments qu'il peut comprendre.

N'ayant aucune autre possibilité, les religions nous proposent donc un système conceptuel. Mais ce système n'est pas comme ceux que nous avons l'habitude d'adopter : celui-ci, s'il est accompagné de pratiques spirituelles adéquates, mène celui qui y adhère à transcender complèment sa vision des choses, à sortir des concepts, pour percevoir l'absolu, qui est au delà de tout.


Lorsqu'un auteur chrétien dit que quand on agit, parle ou pense avec un certain état d'esprit cela plait à Dieu et qu'Il nous comble de Sa Grâce, cela signifie que si nous sommes dans un état d'esprit bienveillant, nous nous ouvrons à l'Amour, qui est la nature même de l'absolu (de Dieu) et alors, la puissance de cet absolu, avec laquelle nous entrons en résonnance nous innonde de ses bienfaits.

Si, au contraire, nous n'agissons pas dans un état d'esprit bon et aimant, notre âme est comme brouillé et dans ce trouble, nous ne pouvons plus entrer en contact avec la présence de Dieu. Certains chrétiens diront alors que Dieu leur refuse Sa Grâce à cause de leurs péchés.

Cela est un langage imagé, mais en réalité Dieu est toujours là, à chaque instant, au dedans de nous. Soit nous acceptons son action, lâchons prise et le laissons faire, et alors sa lumière nous éclaire et nous montre le chemin, soit on agit sous l'emprise de nos désirs aveugles et alors c'est comme si Dieu s'était retiré de nous.


Un dernier exemple sur le langage chrétien : Lorsqu'un chrétien passe par une période de vie ou il ne ressent plus de plaisir sensitif dans ses prières mais où il doit apprendre à lacher prise plus profondément et à ne pas être dans une quelconque attente dans sa pratique afin de percevoir de plus subtiles énergies divines, il dit que Dieu se retire de lui pour un temps afin de le purifier et d'approfondir sa dévotion.



Mais revenons au verset, en titre de ce texte :

« Le règne de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 21).

Il est ici reproduit selon la traduction de la liturgie de l'Eglise. Sous cette forme, on l'interpréte parfois comme un propos du Christ qui se définit lui-même comme le règne de Dieu, au milieu de ses disciples au temps de son incarnation. On traduit aussi cette parole en disant que le Christ est présent au milieu des assemblées qui le louent.

Ces interprétations sont tout à fait justes, mais à mon sens, si l'on s'en tiend à celles-ci, on se prive d'une partie importante de l'enseignement de Jésus.


Saint Jérome, dans la traduction de la Vulgate, si chère à de nombreux Saints et Pères de l'Eglise, nous donne une traduction de ce verset très explicite : « le royaume de Dieu est au dedans de vous » (Luc 17,21). Le Christ ne parle en effet pas seulement de sa présence dans le monde, ou dans les assemblées chrétiennes, il nous dit que le royaume de Dieu est à l'intérieur de nous. Et il n'y a que là que tous les Saints ont pu le trouver avant de le percevoir en toutes choses.


Bien que la traduction de la Bible de la liturgie puisse, d'un premier abord, prêter à confusion, elle n'en demeure pas moins très intéressante.

La différence fondamentale avec la traduction de Saint Jérome consiste en le remplacement du terme « au-dedans » par « au milieu ».

Si le terme au-dedans, nous indique qu'il faut chercher à l'intérieur et non à l'extérieur, le terme au milieu, nous montre plus précisément où nous allons trouver ce royaume.


Tout d'abord, l'idée de milieu évoque un équilibre par rapport à deux extrèmes. Cette notion s'adresse à notre psychisme (appelé l'âme chez les premiers chrétiens) qui peut la comprendre. On peut en effet arriver à cette compréhension par la réflexion, le ressenti et l'observation de la vie.

Entrer dans le règne de Dieu implique de ne pas nous laisser abuser par ces extrèmes humains :

  • Du matérialisme et du rejet de la matière : Pour pecevoir l'Esprit dans la matière, sans opposer ces deux aspects de la réalité,

  • De l'ascèse extrème et du laisser aller : Pour pratiquer une juste ascèse, tout en laissant la place à une certaine détente permettant à la grâce de venir nous illuminer,

  • De la douceur excessive vis à vis des autres et de soi-même et de la dureté intransigeante : Pour savoir acceuillir les autres et nous-mêmes dans leurs et nos limitations, tout en sachant, quand cela est le moment propice nous permettre d'effectuer un pas de plus en bousculant nos habitudes,

  • De la vie et de la mort : Pour accéder à une vie éternelle, au delà de la vie et de la mort,

  • De la contemplation et de l'action : Pour que notre action soit soutenue par notre contemplation, et que cette dernière s'incarne dans le monde par des oeuvres concrètes.

  • De la nature humaine et de la nature divine : Pour que le chrétien accomplit réconcilie en lui ces deux natures pour n'en former qu'une et devenir un autre Christ.


Vivre en Dieu implique de trouver le juste milieu entre tous les opposés présents dans notre psychisme et qui se manifestent dans nos actions, nos paroles et nos états d'esprit. C'est un travail d'affinement constant.



D'autre part, le milieu évoque l'idée d'un centre. Cette notion est plus mystique que la précédente, notre psychisme ne peut la comprendre, on ne peut la percevoir que par la contemplation. Elle s'adresse à ce qui, en nous, est en communion directe avec Dieu, au delà de notre psychisme, et que les premiers chrétiens appellent l'esprit (pour les premiers chrétiens l'homme est corps, âme et esprit).

Dieu est donc au centre de nous. Mais alors qu'est ce qui est au centre de ce que nous appelons « nous », de ce que nous sommes ? Pour trouver un centre, il faut un ensemble, une périphérie. Pour trouver le centre de soi-même, il faut définir ce que l'on appelle soi-même. Or soi-même c'est un ensemble de chose : notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions. Qu'est ce qui est au centre de notre corps, de nos pensées, de nos émotions, de nos perceptions ? Regardons en nous-mêmes, posons nous cette question et par un regard profond cherchons... Ne nous contentons pas d'une réponse toute faite, cherchons toute notre vie à plonger notre regard dans ce Mystère... Qu'est ce qui est au centre de nous ?

La réponse qui suit est seulement là pour nous indiquer où nous devons chercher.

Ce qui est au centre de nous c'est notre conscience ! Tout émane d'elle, et est perçu par elle... Alors que tout le reste autour change, notre conscience, notre faculté d'être conscient (et non conscience dans le sens de conscience morale) elle reste constante, immuable. Elle seule est de manière véritable, éternellement. Le règne de Dieu, c'est la conscience. Lorsque qu'au lieu de chercher le bonheur à l'extérieur, dans les plaisirs relatifs de notre corps, de nos pensées, de nos émotions, et de nos perceptions, nous nous retournons et cherchons en direction de notre conscience, c'est à dire ce qui, en nous, est conscient, là seulement nous cheminons vers Dieu et son Royaume.



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Published by Ananie - dans Textes
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 14:36

Voici une méthode qui peut être suivie par ceux qui souhaitent appliquer les pratiques de ce site dans un entrainement par étapes.


Le travail spirituel consiste à purifier notre âme en profondeur. C'est un processus long et progressif car il nécessite que soient mises en lumière et purifées nos ombres, nos mauvaises habitudes ainsi que nos croyances erronées afin de rendre notre attitude empreinte d'amour du prochain.

D'une certaine manière, il est heureux que ce changement se fasse dans la longueur, car s'il se faisait d'un coup, nous ne pourrions le supporter. En effet, lorsque nous lisons la vie des Saints, ce qu'ils font par amour nous paraît impossible (aimer les ennemis, se devouer entièrement au service des êtres, supporter les épreuves pour le bien d'autrui...), et il ne servirait à rien de nous contraindre nous-mêmes par la force à être comme eux. Mais avec le temps et une sincère pratique régulière, ce qui aujourd'hui nous paraît impossible nous paraitra peu à peu accessible, et nous finirons par faire avec joie ce qui aujourd'hui nous inspire la peur.

Le sommet de la sainteté est l'objectif que nous devons nous fixer si nous voulons avancer dans la bonne direction, mais nous ne pouvons y parvenir en une seule fois, c'est impossible. Tout ce que nous avons à faire, c'est le prochain pas, et celui-ci, il n'est pas si difficile que ça à faire. Lorsque nous arriverons à l'union divine, ce que nous aurons fait pour y arriver, ce ne sera qu'une succession de petits pas... et la grâce divine aura fait le reste.


Dans un cheminement spirituel, l'important c'est la régularité, la persévérance, car qui dit changer des habitudes dit répétition. Mieux vaut prier 10 minutes chaque jour que 3 heures tous les dimanches.

Au début cette régularité n'est pas facile à mettre en place, il faut se pousser un peu. Par contre, avec l'habitude, la prière devient un vrai délice qui nous manque lorsque nous ne l'effectuons pas.

On peut donc décider d'un temps de prière quotidien, que l'on sait pouvoir respecter. On se tiendra alors à cette décision et ce temps de prière deviendra peu à peu une routine. Lorsque, par la suite, nous en ressentirons le besoin, nous pourrons ajouter du temps, toujours en trouvant le juste milieu qui nous convient entre être trop laxiste ou au contraire trop dur avec nous-mêmes.



Voici donc ce programme par étapes :


(1) On commencera par pratiquer l'exercice d'attention au corps : La présence à notre corporalité, développée par cet exercice, est indispensable à la pratique spirituelle pour nous permettre de rester connecté à la réalité et pour que les grâces que nous aurons reçu dans la prière puissent se concrétiser par des actes dans notre vie de tous les jours.

On pourra effectuer cet exercice 10 à 15 minutes, quotidiennement et pendant 40 jours* avant d'y ajouter le suivant, mais sans abandonner celui-ci. On continuera cette pratique pendant 1 an (ou plus longtemps si on le souhaite), de manière à ce qu'elle devienne automatique et qu'à chaque instant de notre quotidien, nous ayons une bonne conscience de notre corps.

Pendant toute cette période, on pourra prier régulièrement en faisant des prières qui nous inspirent et en parlant à Dieu, en lui demandant de nous sanctifier, de nous purifier...etc.



(2) Au bout de 40 jours, on pourra ajouter l'examen de conscience que l'on pratiquera chaque soir avant de dormir, pendant quelques minutes (5 à 10 minutes peuvent suffire). Il sera bon, après cet exercice, de réciter une ou deux prières et de demander à Dieu de nous bénir, de s'occuper de notre âme, et de nous protéger pendant la nuit. Ceci pourra être pratiqué toute notre vie.

 

(3) 40 jours plus tard, on ajoutera la pratique de la méditation sur une image divine que l'on pourra effectuer comme suit :


  • 40 jours en choisissant l'image de Saint Joseph, afin que notre attitude dans le monde devienne plus et conforme à la volonté divine.


  • Puis 40 jours en méditant sur la Vierge Marie, afin d'approfondir notre vie intérieure, spirituelle, et de nous abandonner de plus en plus à la Grâce de Dieu.


  • Et enfin 40 jours en nous imprégnant de l'image du Sacré Coeur de Jésus ou de Jésus Miséricordieux, afin de nous entrainer à unir notre esprit à celui du Christ.



(4) Après ces 4 mois d'exercices, nous pourrons remplacer l'exercice de méditer sur une image divine par la récitation d'un chapelet chaque jour.

On pourra aussi pratiquer quotidiennement ou de temps en temps la méditation sur un mystère biblique pour nous entrainer à cette pratique (qui par la suite sera incluse dans le Rosaire).



(5) Lorsque nous commencerons à ressentir régulièrement la tendresse et la paix mariale dans cette récitation du chapelet, nous la remplacerons par la prière du rosaire, avec la méditation sur les mystères. Il sera bon de prier quotidiennement un chapelet avec la méditation sur les 5 mystères du jour.




*Note : Les 40 jours renvoient au nombre 40 qui, dans la symbolique biblique évoque un passage d'un état à un autre : les 40 ans de traversée du désert du peuple hébreu pour se libérer de l'esclavage subit en Egypte et rejoindre la terre promise, ou les 40 jours où Jésus est tenté au désert après son baptème.


 

 Pour trouver les pratiques citées dans cet article, il suffit de cliquer sur leurs noms dans le texte ou de cliquer sur "Pratiques spirituelles" dans la colonne de gauche.

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Published by Ananie - dans Pratiques
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 10:58

On peut pratiquer cet exercice chaque soir dans son lit, avant de dormir.


On commence par se détendre puis on se met à l'écoute de notre corps. Pour cela, l'entrainement à l'exercice d'attention au corps nous sera très utile.

On invoque ensuite le Christ ou la Vierge Marie et on imagine qu'il ou elle reste à nos côtés pendant toute la durée de l'exercice pour nous assiter.

 

Puis on se remémore à rebour les différents moments de notre journée en se mettant à l'écoute de toutes les sensations que l'on éprouve : les agréables, les neutres, les désagréables. On se positionne un peu comme un observateur de tous nos mouvements intérieurs : les sensations corporelles (tension, détente...), les émotions (colère, peur, peine, joie...), les sentiments, l'état d'esprit que l'on observe en soi (orgueil, bienveillance, compassion, indifférence...), les pensées, les motivations qui nous animent...

Cela ne doit pas être un exercice intellectuel, mais plutôt passer par notre vécu, notre ressenti profond. Ce ne sera pas forcément évident au début, mais plus nous appliquerons cet exercice et plus il deviendra naturel.

Ainsi on peut prendre le temps, hors de l'agitation du quotidien, de découvrir tout ce qui s'est joué en nous au cours de notre journée, car le simple fait de repenser à un moment du passé nous replonge immédiatement dans l'état psychique que nous vivions à ce moment.


Quand nous constatons que nous avons eu une pensée, une parole, ou posé un geste motivé par une intention négative à l'égard de quelqu'un, nous pouvons entrer profondément dans le ressenti de notre état d'esprit du moment et nous laisser en éprouver le regret qui apparaît alors naturellement. Si celui-ci ne vient pas, un bon moyen pour nous aider consiste à nous mettre à la place de la personne à qui nous avons peut-être nuit.

Lorsque nous éprouvons ce regret, nous pouvons le faire devant la Vierge ou le Christ, afin qu'elle ou il nous transmette sa grâce pour purifier notre âme de l'empreinte laissée par notre action négative.

Il faudra veiller à ne pas se morfondre dans un sentiment de culpabilité : tous les humains font des erreurs, et ce n'est pas forcément quelque chose de très négatif. Ce qui l'est c'est de refuser de les reconnaître et de les regretter car nous nous privons alors de la possibilité de nous améliorer.


On peut également, lors de cet exercice, essayer de percevoir plus finement ce qui s'est passé à l'intérieur de nous pour que nous en arrivions là, et ce que l'on pourrait faire dorénavant pour l'éviter. Encore une fois, cela ne doit pas venir d'une réflexion intellectuelle : si celle-ci peut être utile à d'autres moments en dehors de cet exercice, ici elle ne doit intervenir qu'en très petite quantité, et nous devons plutôt privilégier le fait de voir en nous-mêmes, par le ressenti, ce qui s'est passé et ce qu'il y à faire. Si cela ne nous apparaît pas au début ce n'est pas un problème, cela viendra avec l'entrainement.


On peut aussi se rendre compte des bons sentiments qui nous animaient et en rendre grâce à Dieu. En effet, tout ce qu'il peut y avoir de bon en nous vient de Dieu et c'est sa Grâce qui nous pousse à agir pour le bien de tous lorsque l'on accepte de la recevoir. On peut donc s'emplir de gratitude pour cette action de Dieu en nous et par nous (toujours face au Christ ou à la Vierge).



Note : Pour effectuer cet examen de conscience, il n'est pas utile de passer en revue tous les moments de notre journée, ce serait beaucoup trop long. On se contentera d'insister sur les moments où nos actes ont laissé en nous une certaine impression, qu'elle soit positive ou négative.



Le fait de répéter cet exercice chaque soir va installer peu à peu en nous une nouvelle conscience : nous serons plus vigilants au cours de nos journées par rapport à tout ce qui nous anime à chaque instant, ce qui nous amènera à réajuster plus rapidement notre conduite lorsque cela sera nécessaire.

Cela permettra aussi que notre âme soit plus pure et ne s'enlise pas dans des fonctionnements nuisibles pour les autres et nous-mêmes.

Enfin, par le fait de rendre grâce pour nos bonnes actions, nous lutterons contre l'orgueil et développerons l'amour de Dieu.

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 10:55

L'éthique ne peut être le fruit de l'application d'un ensemble de règles morales dictées par quelque autorité extérieure, car si nous cherchons à la pratiquer sans que cela ait un sens profond pour nous, alors nous n'arriverons à la mettre en oeuvre que quelques semaines tout au plus. Pour certains qui ont une volonté très forte, cela pourra tenir beaucoup plus longtemps, mais au prix d'une lutte intérieure constante qui génèrera beaucoup de tensions et des pensées de reproches pour tous ceux qui ne se forceront pas comme eux.


L'éthique doit naitre en nous-mêmes, et elle doit peu à peu devenir une certitude enracinée dans notre intellect par l'étude des textes saints et la réflexion logique, et dans notre coeur par la prière. De cette manière, nous changerons en profondeur et la pratique d'une conduite juste deviendra de plus en plus naturelle et agréable... Au lieu d'être une source de tensions, elle deviendra une source de joie.


L'éthique c'est éviter d'accomplir ce que l'on appelle le mal et faire ce que l'on appelle le bien. Il nous faut donc commencer par définir clairement ce que l'on appelle le bien, et ce que l'on appelle le mal.

Le bien et le mal sont des notions intellectuelles que l'on appose sur la réalité, ils n'ont pas d'existence en dehors de nos conceptions. Si nous disons que quelque chose est bien et que quelque chose d'autre est mal, c'est par rapport à un objectif donné. Par exemple, si mon objectif est de bronzer, ce sera un bien de me mettre au soleil. Si par contre, je suis brûlé au troisième degré et que mon objectif est de guérir, la même exposition au soleil sera un mal.

On peut dire que, dans une certaine mesure, suivant les objectifs de chacun, le bien et le mal ne sont que des notions individuelles à décider par chaque personne au cas par cas. Mais il existe également un bien et un mal fondamentaux, car tous les êtres sensibles ont un objectif commun : tout ce que nous faisons ne vise qu'une seule chose, c'est à dire expérimenter le bonheur et éviter de vivre la souffrance.

On pourra donc définir bien et mal au travers de cet objectif commun à tous les hommes : le mal c'est ce qui nous éloigne du bonheur ou nous cause de la souffrance et le bien, l'inverse.

Ainsi faire le bien envers autrui consistera à le rendre heureux et faire le mal à le rendre malheureux. Ceci rejoint la définition des théologiens chrétiens qui disent que l'acte de bien est celui qui correspond à la volonté de Dieu. Etant donné que Dieu est Amour, faire Sa Volonté ne consiste pas à autre chose qu'à agir par amour. Or la définition du véritable amour c'est vouloir que l'autre vive le bonheur et ne vive pas le malheur.


La notion de bien et de mal ne s'applique pas aux actes en eux-mêmes, mais à l'intention qui sous-tend les actes. Ainsi, un parent qui gronde son enfant pour l'empécher de traverser la route sans faire attention aux voitures lui cause une certaine souffrance temporaire, mais cela est motivé par l'envie de le préserver. A l'inverse une personne qui adopte un comportement en apparence bienveillant à l'égard d'une autre pour lui soutirer quelque chose est animée par une intention malveillante.

Quand on parle ici d'intention, il s'agit de l'intention profonde, pas seulement de celle qui est consciente. Car il nous arrive de trouver des excuses à nos actes nuisibles, et nous nous cachons à nous-mêmes l'intention égoiste qui sous-tendait notre acte. Mais même si cela préserve notre haute opinion de nous-mêmes, cela n'a strictement aucun effet sur la valeur de notre acte et sur ses conséquences.

En définitive, on peut difficilement dresser une liste d'actes mauvais et d'actes bons, tout dépend des circonstances et des intentions profondes de chacun. Par la pratique spirituelle l'Esprit Saint s'installera de plus en plus en nous, et nous permettra de discerner si, à la base de notre action, notre intention est l'amour, le bien d'autrui, ou au contraire une intention égoiste qui ne se préoccupe pas de nuire à l'autre.

Comme le dit le Christ, on reconnaît l'arbre à ses fruits. Si nous agissons sous l'impulsion de l'amour, notre action aura nécessairement, à terme, des répercussions positives pour nous-mêmes et certainement pour autrui. Par contre un acte négatif engendrera de la souffrance pour nous et pour les autres - sauf si cet acte rencontre une personne qui est habitée par la lumière de Dieu (car une telle personne peut se servir de toute expérience pour grandir dans la sainteté) -.

Dieu nous a cependant donné, par l'intermédiaire de Moise, les dix commandements qui résument toute l'éthique juste à adopter et qui sont résumés par Jésus en deux commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements. » (Mt 22, 37 à 40).

Il me semble que le premier commandement cité par le Christ a un sens profond, qui est difficilement explicable, car il décrit une réalité intérieure, spirituelle, un état d'esprit mystique qui est au delà des mots. Pour cette raison, Jésus nous donne le deuxième, en nous disant qu'il est semblable au premier. En fin de compte, je crois, que le premier commandement décrit une réalité invisible, au delà des concepts, et que vit intérieurement celui qui est en union avec Dieu, et le deuxième, la manifestation visible de cet état intérieur, la manière dont agit celui qui est habité par l'Esprit Saint.

On voit bien ici que l'éthique juste se résume à l'amour.


Maintenant que nous avons vu ce que signifient bien et mal, voyons ce qui peut nous motiver à laisser nos intentions nuisibles pour en adopter d'autres, bénéfiques. En effet, la plupart d'entre nous voudrions faire le bien et éviter de faire souffrir autrui, mais souvent, ce n'est pas ce que nous mettons en pratique. Cela vient de deux choses : l'habitude et la motivation.

Pour ce qui est de l'habitude, il faut s'entrainer sans cesse à faire le bien. Lorsque l'on échoue, on se repent puis on recommence, afin de s'améliorer progressivement et d'installer en nous, par l'entrainement, de nouvelles habitudes.

Pour la motivation, il nous faut une profonde compréhension de l'intérêt que nous pouvons avoir à adopter une discipline éthique. Cela est primordial car, tant que nous ne sommes pas des saints totalement abandonnés à la volonté divine, quoi que nous fassions, cela a toujours pour objectif notre intérêt personnel. Si donc nous découvrons un intérêt personnel à nous montrer altruistes et bienveillants, nous pourrons beaucoup plus facilement agir en fonction de cet idéal. Car au fond, nous croyons tous à tord, et plus ou moins consciemment, que c'est en agissant uniquement dans notre intérêt personnel que nous serons heureux.


Deux choses principalement peuvent nous motiver à faire le bien et à éviter de faire le mal :

  • La première concerne un bonheur ultime : ce bonheur c'est d'être en présence de Dieu. Il est dit ici ultime, car lorsque nous y accèderons par l'union divine, nous vivrons un bonheur éternel, qui restera présent quelles que soient les différentes situations que nous pourrons vivre. Or, nous ne pouvons nous rapprocher de Dieu qu'en participant à sa réalité, à ce qu'il est, c'est à dire en vivant un amour totalement altruiste car Dieu est amour.


  • La deuxième concerne un bonheur limité dans le temps : c'est que nous devrons tôt ou tard expérimenter les conséquences de nos actions, quelle qu'elles soient.


Développons ce deuxième point.


Dans divers endroits dans la Bible est exprimée l'idée que, en retour de nos actes, nous serons traités de la même manière que nous avons traité les autres :


  • Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés. Donnez et on vous donnera ; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c'est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. (Luc 6, 37 et 38).


  • Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu'il a fait : fracture pour fracture, oeil pour oeil, dent pour dent ; on provoquera chez lui la même infirmité qu'il a provoquée chez l'autre. (Lévitique 19 et 20).


  • Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. (Mt 26, 52).

On interprète souvent ces passages en disant que Dieu punit, et c'est d'un premier abord ce que semble dire la Bible. Peut-être que cette interprétation convient à certaines personnes, mais je crois que lorsque l'on parle de Dieu de cette manière, comme d'un être qui agit, qui juge, qui décide des choses...etc, il s'agit d'une métaphore, car Dieu n'a rien de comparable à un être. Et lorsque l'on en parle ainsi, c'est juste un moyen pour, d'une certaine manière, entrer en relation avec Lui.

Dès que l'on parle de Dieu, on le limite ; tout ce que l'on pourra en dire ne le définira donc jamais. Mais pour refuter l'idée que Dieu est un être (qui est déjà réfutée par les Saints et les Pères de l'Eglise), on pourrait dire que Dieu ne fait pas, qu'il n'agit pas, mais qu'il est. Son faire et son agir font partie de son être, sont son être. Ainsi, lorsque l'on prie, que l'on se relie à Dieu, on pourrait dire d'une manière imagée que Dieu nous purifie, mais il serait plus juste de dire qu'en nous reliant à Dieu, nous nous relions à la purification : Dieu n'est pas un être qui purifie, illumine, divinise, il est, en lui-même, purification, illumination, divinisation.

Je ne sais pas si cela est très clair, mais pour l'instant, je ne suis pas sur de pouvoir l'être plus.


Donc je crois que lorsque que l'on dit dans la Bible que Dieu punit ou récompense, en fait on décrit une loi qui est intrinsèque à la création et non une action de Dieu. Car « il n'y a qu'un seul mouvement au coeur du Christ : enlever le péché et emmener l'âme à Dieu » (Bienheureuse Elisabeth de la Trinité).


Malgrès ma vision limitée, je vais tenter d'expliquer la manière dont je perçois comment fonctionne cette loi.

Lorsque nous accomplissons une action, en pensée, en parole ou en acte, cela laisse dans notre esprit une empreinte, une mémoire. Cette empreinte, cette mémoire peut être plus ou moins consciente, mais elle fait partie de ce que nous sommes actuellement. Si par exemple j'agis sous l'emprise de la colère, c'est un peu comme si le personnage que j'étais au moment où je me trouvais en colère s'imprimait en moi. Plus je me met en colère et plus ce personnage de colère se renforce en moi et m'incite à nouveau à me mettre en colère. Il en est de même pour les actes motivés par l'amour : ils viennent renforcer dans notre âme un être de bonté. Ainsi notre personnalité actuelle est constituée de la somme de tous ces personnages issus de chaque instant de notre vie.

Il ne faudrait pas déduire de cela que marcher vers la sainteté consiste à nous créer par nous-mêmes en tant que saint, en évitant les actes néfastes et en pratiquant des actes bénéfiques. Car nous avons déjà été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu et l'éthique consiste finalement en une première purification qui nous rapproche de notre nature véritable qui est d'être totalement unit à Dieu.

Mais revenons à l'explication de comment fonctionne la rétribution de nos actes. Cette rétribution va se produire à deux niveaux : dans notre vie actuelle et dans l'autre monde, après notre mort.

Dans notre vie actuelle.

Nous sommes donc constitués, pourrait-on dire de manière imagée, d'un ensemble de sous-personnalités, issues de nos actes, ou pour être plus précis, de nos motivations profondes. Certaines sont bonnes, aimantes, compatissantes, d'autres sont méchantes, orgueilleuses, destructrices. La plupart du temps, nous sommes conscient de la bonne partie de nous-mêmes, mais pas de la mauvaise, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne soit pas là... Ce qui fait qu'il est difficile de reconnaître les aspects sombres de notre âme, c'est souvent que nous croyons qu'ils ne sont le lot que des personnes qui les expriment ouvertement et qui nuissent aux autres. Mais lorsque l'on lit la vie des saints, on se rend compte qu'ils voyaient en eux beaucoup d'obscurcissements, et même beaucoup plus que nous n'en voyons en nous. En effet, plus ils laissent la lumière divine éclairer leur âme, et plus celle-ci révèle la moindre impurté.

Si l'on veut s'éviter des difficultés inutiles, il est important de chercher à voir de plus en plus les aspects sombres de notre être car, sans nous en rendre compte, nous sommes inconsciemment attirés par des personnes qui portent en elles des tendances semblables aux notres, et ces personnes sont également attirées par nous. Cela ne veut pas dire que nos tendances sont aussi fortes que les leurs, ou qu'elles s'expriment de la même manière et dans le même domaine, mais simplement que nous les avons, d'une certaine manière, en commun.

On peut constater ce fait en observant notre vie ou celle des autres : les personnes qui sont très colériques par exemple, créent des situations de conflit de part leur comportement, mais en plus elles rencontrent souvent des personnes qui leur ressemblent par ce trait de caractère.

Un autre exemple : quand on observe une personne qui se sent souvent persécutée, qui se pose en victime, on peut parfois constater qu'au delà de ses mauvaises interprétations, elle rencontre aussi régulièrement des gens qui lui sont hostiles. Mais si l'on y regarde bien, dans la plupart des cas, on verra qu'une telle personne est habitée d'un fort sentiment de dévalorisation et qu'elle ne supporte aucune critique de la part d'autrui. De plus, dès qu'elle se sent remise en question, elle éprouve intérieurement une grande hostilité envers la personne qui a causé cette remise en question, mais sans l'exprimer ni admettre qu'elle éprouve cette hostilité. Elle effectue alors une projection et s'empresse aussitôt de dire que c'est l'autre qui est hostile. Ce qui n'est pas nécessairement faux, mais ce qu'il faut voir ici, c'est que la victime est habitée elle aussi par une certaine colère, qu'elle refoule, et qui a été beaucoup nourrie, même si ce n'est qu'au niveau de la pensée, du ressentiment. Naturellement, lorsque cette personne en rencontre une autre qui est habitée par l'hostilité, leurs inconscients respectifs se reconnaissent, ce qui fait que ces personnes sont amenées à se cotoyer, et les problèmes commencent.

Toutes les situations difficiles que nous vivons ne sont pas nécessairement dues au fait que nous avons été attirés, comme un aimant, par ce qui ressemblait à nos travers intérieurs, car le Christ lui-même a vécu la persécussion, et on ne peut pas dire qu'il y avait en lui la moindre trace d'impureté. Mais par contre, tous les actes nuisibles que nous accomplissons auront une répercussion dans cette vie (si les circonstances se présentent) ou après notre mort.


Dans l'autre monde, après notre mort.

Dans la plupart des traditions spirituelles, comme dans le christianisme, il est expliqué que, après notre mort, nous nous retrouverons dans un monde qui sera la projection extérieure de tout ce que contient notre esprit.

Ainsi, l'enfer et le paradis ne sont pas des lieux comme on l'entend habituellement : ce sont des lieux qui sont le reflet de notre esprit, ce sont des états de conscience qui se manifestent par un monde tout autour de nous.

On peut constater cette réalité dans notre vie actuelle, en particulier au moment du sommeil. Quand nous dormons, nous vivons une expérience qui n'est pas liée à notre corps physique, d'ailleurs le sommeil est souvent appelé la petite mort. A ce moment, l'expérience dont nous pouvons facilement être conscient, c'est celle du rêve. La psychologie moderne explique que les lieux que nous recontrons dans le rêve sont la représentation de nos états d'esprits, tandis que les personnages sont différentes facettes de notre personnalité. Ainsi lorsque nous avons passé une journée dans la colère ou toute autre émotion destructrice, nous faisons des cauchemars, ou des rêves pleins de tensions, avec des monstres qui nous poursuivent, nous persécutent... Et ces monstres ne sont en fait que la représentation de nos propres émotions destructrices et tendances négatives.

Lorsque nous sommes, à l'état de veille, occupés dans toutes sortes d'activités dans le monde extérieur, nous fuyons, dans une certaine mesure, nos monstres intérieurs (en fait même si nous n'en sommes pas conscients, ils nous nuisent quand même). Mais lorsque, lors du rêve ou de la mort, le monde extérieur devient notre monde intérieur, alors il n'y a plus aucune échappatoire possible, et tout ce que nous avons nourri de mauvais dans notre conscience se retourne alors contre nous. Comme ces monstres intérieurs sont en quelque sorte les enregistrements de nos actes négatifs passés, ils agissent envers nous de la même manière que nous avons mal agit envers autrui. Ainsi celui qui durant sa vie a rejeté toute forme d'amour, est enfermé dans un cauchemar, un enfer, persécuté par sa propre haine et toutes ses tendances négatives. A l'opposé, celui qui a oeuvré toute sa vie pour s'unir à Dieu le contemple, est un avec Lui, dans la vision béatifique, le Paradis.


Il est important de voir que, quel que soit notre passé, nous pouvons transformer notre vie et notre mort en commençant dès maintenant à agir pour le bien d'autrui d'une part et à purifier notre conscience d'autre part.

Tout d'abord, sachant que nous serons amenés à expérimenter ce que nous avons fait vivre aux autres, en bien ou en mal, nous pouvons nous mettre à leur place et voir si nous serions d'accord pour recevoir ce que nous nous apprétons à leur faire. Jésus le résume en nous disant de faire aux autres ce que l'on voudrait qu'ils nous fassent et de ne pas leur faire ce que l'on ne voudrait pas qu'ils nous fassent.

Deuxièmement, il existe une clé qui permet de purifier notre âme des empreintes négatives laissées par nos actes passés, c'est le repentir (et non la culpabilité qui au contraire nous y enferme).

Lorsque nous regrettons sincèrement une mauvaise pensée, parole ou action, que nous la confessons à Dieu et que nous prenons l'engagement de ne plus la commettre à nouveau, ceci permet à la Grâce divine d'entrer en nous et de laver notre conscience. Ceci peut se faire au travers de la confession avec un prêtre, de la confession privée, ou encore en vivant le repentir dans notre coeur lors de nos prières.

Mais il ne suffit pas de dire « je regrette » ou même de nous confesser chaque semaine ou d'aller à la messe tous les dimanches ; car le monde dans lequel nous nous retrouvons après la mort n'est pas la conséquence d'une décision divine, par comptabilisation de nos bons et mauvais points ; ce monde est le reflet de l'état de notre conscience. Si l'acte extérieur qui est posé ne correspond pas à un changement intérieur et ne transforme pas notre âme, il ne servira absolument à rien.

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 08:19

En tant que chrétien très interessé par le bouddhisme tibétain, et fréquentant des bouddhistes, j'admire depuis longtemps leur pratique de la dédicace.

Cette dédicace se fait à la fin de toute pratique spirituelle (méditation, récitation de mantra...), mais aussi suite à une bonne oeuvre (don à autrui, écoute et aide d'une personne en difficultés...). Elle consiste grosso-modo à dédier les bienfaits reçus par la pratique ou l'action positive pour le bonheur de tous les êtres sensibles et pour l'obtention de l'Eveil, état où l'être est pleinement heureux et dénué de tout égoisme quel qu'il soit.


Voici un exemple d'une de ces dédicaces :


Par cet acte positif, puissé-je obtenir la connaissance de toutes choses,
Vaincre les ennemis néfastes et libérer les êtres qui sont ballottées
Par les vagues de la naissance, de la vieillesse
Et de la mort dans l'océan des renaissances.

Avec une sagesse semblable à celle du héros Manjoushri
De la même manière que Samantabhadra,
En apprenant à la suite de tous ceux-là,
Je dédie parfaitement toutes ces vertus.

Par la bénédiction des Trois Corps du Bouddha,
Par la bénédiction de la vérité immuable du Dharma,
Et par la bénédiction de l'aspiration continuelle de la Sangha,
Puissent cette dédicace et ces souhaits s'accomplir tels qu'ils sont formulés.


(Notes explicatives :

Les ennemis néfastes sont intérieurs, ce sont nos propres tendances négatives.

Manjoushri est un être éveillé qui représente la perfection de la Sagesse et Samantabhadra la perfection de la pratique spirituelle.

Le terme Bouddha ne représente pas ici le Bouddha historique mais avant tout l'état de Bouddha.

Le Dharma est l'enseignement du Bouddhisme.

Le terme Sangha désigne l'ensemble des maîtres qui ont atteind l'Eveil.)


Cette pratique est très utile pour deux raisons principales :

  • Par le fait qu'elle dédie nos bonnes oeuvres et dévotions au bonheur de tous les êtres, elle permet de développer l'Amour du prochain et de minimiser quelque peu l'orgueil et l'avidité qui viennent se greffer sur notre pratique spirituelle (du genre : « moi je prie, moi je viens en aide aux autres, moi j'accumule des mérites... »). En effet, si l'on dédie tout ce que l'on gagne à pratiquer la vertu à tous les êtres, notre pratique prend une dimension beaucoup plus grande : elle n'est plus uniquement centrée sur nous même mais sert le bien de tous. De plus, cette dédicace nous délie en quelque sorte de la possession des bienfaits et vertus reçues.

  • Le fait de dédier notre pratique pour l'Eveil, ou en tant que chrétien pour notre sanctification (ou divinisation), permet de toujours garder l'objectif de l'union divine en ligne de mire. Car toute notre pratique spirituelle doit avant tout tendre à cela : faire de nous des Saints pour que nous puissions servir les autres en présence du Christ. En effet, même si un certain confort matériel est nécessaire à notre vie - et en cela, il est légitime de prier pour telle ou telle difficulté temporelle -, ce confort ne nous donnera jamais le véritable Bonheur que l'on ne peut trouver que dans l'union à Dieu. Prier avec une intention dirigée par notre volonté propre - qui ne veut que notre bien temporel -, au lieu de s'en remettre à la volonté de Dieu - qui veut nous sanctifier -, va même renforcer en nous l'égoisme et l'attachement aux choses d'en bas, et du coup, nous éloigner du Bonheur. Mais si nous dédions sincèrement à Dieu notre pratique pour la sanctification de notre âme, nous pouvons être sûr qu'elle nous installera peu à peu dans la vertu.


  J'ai donc cherché un équivalent de cette pratique de la dédicace dans le christianisme. Et avec l'aide de Dieu, j'ai fini par la trouver dans le 'Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge' de Saint Louis-Marie Grignion de Monfort. Ce grand Saint, dont toute la pratique était centrée sur la dévotion mariale, nous propose de remettre entre les mains de Marie toutes les bonnes oeuvres que nous accomplissons, et toutes les Grâces que nous recevons de Dieu, afin qu'elles servent à l'accomplissement de la Volonté Divine, pour nous et pour les autres.

  Il dit que cette pratique conserve, augmente, et embelli nos mérites (ce que disent également les bouddhistes à propos de leur dédicace), et que nous recevrons en retour de cette offrande des biens en ce monde et dans l'autre.


  Par rapport à l'orgueil et à l'avidité que l'on met très subtilement dans notre dévotion, Saint Louis-Marie dit : « Il n'y a aucune autre pratique que celle-ci par laquelle on se défasse facilement d'une certaine propriété, qui se glisse imperceptiblement dans les meilleures actions ». Il explique que par cette dévotion, nos bonnes oeuvres sont purifiées de toute souillure et de toute vanité et qu'elle constitue un « excellent moyen pour faire en sorte que la valeur de toutes nos bonnes oeuvres soit employée à la plus grande gloire de Dieu » car nous ne connaissons pas et parfois même ne voulons pas cette gloire alors que Marie, elle, la connait et la veut.



Pour pratiquer cette dévotion, on peut réciter cette courte prière à la fin de toutes nos pratiques chrétiennes :


Sainte Mère de Dieu, Vierge fidèle ! Fais de moi en toutes choses un parfait disciple, imitateur de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ ton Fils, afin que j'arrive, par ton intercession et à ton exemple, à la plénitude du Saint Esprit.

Très Sainte Vierge Marie, je remets entre tes mains tous les bénédictions et toutes les Grâces que j'ai reçu par ces prières, afin que, par toi et selon ta volonté, elles servent la Gloire de Dieu et le Salut des âmes. Amen.


En fin de journée, avant de dormir, on pourra remettre toutes nos bonnes oeuvres à la Mère de Dieu, en récitant cette même prière, tout en remplaçant la dernière phrase par :


Très Sainte Vierge Marie, je remets entre tes mains tous les bénédictions et toutes les Grâces que j'ai reçu aujourd'hui par mes bonnes oeuvres, afin que, par toi et selon ta volonté, elles servent la Gloire de Dieu et le Salut des âmes. Amen.


Ici le terme « bonnes oeuvres » inclus les prières mais aussi tout acte, parole ou pensée motivés par l'amour du prochain.


On peut également commencer notre journée en récitant la Consécration à la Vierge Marie de Saint Louis-Marie Grignion de Monfort (cliquer sur le lien pour y accéder).



Pour purifier leur état d'esprit avant la méditation, l'écoute des enseignements ou les récitations de mantras, et l'orienter vers l'état d'Eveil, les bouddhistes récitent également une prière de refuge.

Un exemple de prière de refuge :


En le Bouddha, le Dharma, et la Noble Sangha,
Je prends refuge jusqu'à l'éveil.
Par le mérite qui résulte de ma pratique de la générosité et des autres Paramitas,
Puissè-je réaliser l'état de Bouddha pour le bien de tous les êtres.


(Note : Les 6 paramitas sont les six vertus transcendantes à pratiquer dans la vie quotidienne).



Pour nous chrétiens, il me semble également important, pour donner une direction juste à notre pratique spirituelle, de la commencer en récitant le Credo - qui résume toute la démarche chrétienne - et en renouvelant nos voeux de baptême pour se défaire des valeurs illusoires de notre égo :


Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, je rejete le péché.

Pour échapper au pouvoir du péché, je rejete ce qui conduit au mal.

Pour suivre Jésus Christ, je rejete Satan qui est l'auteur du péché et je renonce à toutes ses oeuvres, à toutes ses pompes et à toutes ses séductions.



Je crois en Dieu le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre,
et en Jésus-Christ Son Fils unique, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint Esprit,
est né de la Vierge marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort, a été enseveli,
est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint Esprit,
à la Sainte Église catholique
(ou Universelle),
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
et à la vie éternelle.
Amen.


 

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Published by Ananie - dans Textes
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 16:21
Sur la dévotion à la Sainte Vierge Marie :
  • Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge (Saint Louis-Marie Grignion de Monfort) : A mon avis, on ne peut pas faire mieux que ça sur le sujet de la dévotion mariale.
  • Le secret du Rosaire (Saint Louis-Marie Grignion de Monfort).
Sur la prière du coeur (pratique orthodoxe) :
  • Les récits d'un pélerin russe (Auteur anonyme) : Un magnifique roman initiatique sur la prière continuelle à Jésus.
  • La prière du coeur (Christophe-Marie Baudouin).
Sur l'oraison du silence intérieur :
  • Prier dans le secret (Thomas Keating) : Un livre magnifique, d'une très grande profondeur sur la contemplation chrétienne, l'attente de Dieu dans le silence. Malheureusement épuisé, on ne le trouve plus que d'occasion.
  • Trouver la Grâce au centre (Thomas Keating, Basil Pennington, Thomas E.Clarke): Celui-ci est toujours édité.
  • Le nuage d'inconnaissance (Auteur inconnu) : Un livre sur le même sujet, avec un langage moins actuel (les auteurs des deux précédents se basent beaucoup sur cet ouvrage).
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Published by Ananie - dans Autre
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 14:12

Quand on lit les psaumes, d'un premier abord, il arrive que l'on se demande en quoi ils pourraient nous aider à marcher vers la sainteté. En effet, si l'on y trouve la louange et l'Amour de Dieu, la motivation à faire le bien et la confiance, on y rencontre aussi la guerre contre les ennemis et la destruction de ceux qui font le mal, ce qui est contraire à la Volonté de Dieu car Jésus dit lui-même que nous devons aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent car notre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons (Mt 5, 44-45).


Pour bien comprendre les psaumes, il faut savoir qu'ils parlent en images et que les combats présents dans ces louanges ne sont pas dirigés contre des ennemis extérieurs à nous-mêmes mais contre les facettes de notre âme qui s'opposent à la Volonté divine. On retrouve cette vision des choses dans la religion musulmane : pour les sages de l'Islam, la guerre sainte n'est pas une guerre à mener contre des ennemis extérieurs (à la manière des terroristes), mais c'est une guerre intérieure pour que, dans l'âme, le bien triomphe du mal, le croyant triomphe du non-croyant.


Les psaumes ont été écrits par plusieurs auteurs différents, et pourtant on les appelle « Psaumes du Roi David », ce qui peut être entendu dans un sens spirituel : David est le Roi d'Israël qui parvint à vaincre les peuples alentours, installant ainsi une ère de paix et de prospérité dans son royaume. Or, pour Origène et d'autres éxégètes, les différents peuples dont parlent la Bible peuvent être perçus comme différentes facettes de notre être (dans leurs interprétations de l'Exode par exemple, la sortie d'Egypte qu'effectue le peuple hébreu pour rejoindre la Terre Promise représente le chemin spirituel que parcourt celui qui se délivre peu à peu de l'esclavage que lui imposent les forces de son égo pour atteindre un état de conscience ou il est heureux et libre, en ce sens qu'il vit selon sa nature véritable en faisant la volonté de Dieu). Ainsi, en récitant les psaumes, on entreprend le travail du Roi David dans notre royaume intérieur pour purifier et unifier toutes les forces qui le composent et les placer dans la lumière divine afin de vivre le bonheur et la paix.


D'autre part, pour de nombreux Saints, dont Saint Augustin, on peut lire les psaumes comme s'ils étaient chantés par le Christ, et alors ceux-ci résument toute son action pour le Salut du monde. On peut également transposer cela à l'intérieur de nous : le Christ est le Fils de Dieu, l'homme pleinement unit à Dieu, et il demeure dans le coeur de tout homme. Ainsi, lorsque nous récitons les psaumes, c'est le Christ, le Fils de Dieu en nous, qui les récite depuis notre coeur pour accomplir dans le monde qu'est notre âme sont oeuvre de transformation, de purification.



Pour y voir un peu plus clair, voyons l'interprétation d'un psaume. Je précise que, comme pour toutes les interprétations des écritures, celle-ci n'est pas la seule valable car les écritures sacrés contiennent des mystères qui dépassent notre langage humain et que l'on a jamais fini de comprendre, ou d'interpréter.


On verra ici le psaume 137 (136) dont l'Eglise a oté les trois derniers versets pour sa lithurgie car jugés trop violents.

Les interprètes de la Bible TOB nous disent que ce psaume fait référence au 25ème chapitre du deuxième livre des rois qui raconte la chute de Jérusalem face à l'assault des Babyloniens.

Jérusalem, capitale de la terre promise du peuple d'Israël et lieu où se trouve le Temple dans lequel réside l'Arche d'Alliance, peut représenter l'âme de l'homme qui est éclairée et liée à la divinité. Babylone au contraire, construite par les hommes, est le lieu de leur décadence ; et elle va ainsi représenter le siège des forces de notre égo. Ainsi, sur le plan intérieur, dire que Jérusalem a été prise par les Babyloniens signifie que notre âme n'est plus en accord avec le divin et que notre être est désormais dirigé par notre égo qui choisit uniquement son confort personnel illusoire, au détriment de l'amour du prochain.

Cette situation peut concerner toute notre personnalité -parfois nous sommes complètement coupés de la lumière de Dieu- ou une partie de notre être : tant que nous ne sommes pas des Saints, cela veut dire qu'une partie de notre âme est captive des attachements de notre égo.

Les versets 1 à 6 décrivent l'état dans lequel nous nous trouvons lorsque notre âme est dominée par les ténèbres, ou l'état des parties de notre âme qui ne sont pas encore éclairées par la lumière de Dieu.


  1. Là-bas, au bord des fleuves de Babylone, nous restions assis tout éplorés en pensant à Sion.


Les eaux dans la Bible représentent souvent les impulsions du coeur, les désirs, les ressentis profonds qui habitent l'âme. Soit ce sont les eaux d'en haut et elles représentent la Grâce qui incite l'homme au bien, soit ce sont les eaux d'en bas qui représentent toutes les pulsions non purifiées de l'homme et qui le conduisent au péché. Les aspects de notre âme gouvernés par les forces de Babylones (le verset 3 nous montre que les babyloniens sont leurs « conquérants », leurs « ravisseurs ») sont assaillis par les désirs des choses extérieures et nous empêchent de trouver pleinement le bonheur dans un état de paix et de félicité intérieure. Ils sont générateurs d'une perpétuelle insatisfaction car aucun objet, aucune créature, ne peut satisfaire notre soif d'absolu.

Ces parties de notre être qui ne sont plus en harmonie avec Dieu sont « tout éplorés en pensant à Sion ». Or Sion est la montagne sur laquelle se trouvait le temple de Jérusalem ; la gravir signifit symboliquement élever son état de conscience pour parvenir à la communion avec Dieu dans le temple. Ainsi ce verset exprime la nostalgie de cet état de paix et de contentement qui se trouve au plus profond de notre coeur, là où notre être est en communion avec Dieu. Le fait d'être « assis » symbolise l'arrêt, car tout ce qui n'est pas harmonisé en nous freine notre âme dans le mouvement d'évolution auquel elle est destinée. Cette position assise peut également faire référence au fait d'être tourné vers les choses d'en bas plutôt que dressé, tendu vers le ciel.


  1. Aux saules du voisinage nous avions pendu nos cithares.


Ce verset signifie que les parties de notre être captives des forces égotiques ne prient plus, ne sont plus dans la louange de Dieu, dans la gratitude qui s'exprime naturellement chez celui qui est traversé par la Grâce.


  1. Là nos conquérants nous ont demandé des chansons, et nos ravisseurs des airs joyeux : « Chantez-nous quelque chant de Sion. »


On peut ici trouver curieux que les forces de l'égo, -selon cette interprétation-, incitent notre être à chanter « des airs joyeux », « quelque chant de Sion », c'est à dire veulent retrouver la véritable joie qui vient de Dieu. Mais en fait, toutes les forces présentes à l'intérieur de l'homme recherchent la joie, le bonheur... elles le font simplement de manière différente :

  • Quand nous sommes dans un mode de fonctionnement égoique, nous cherchons le bonheur dans les objets extérieurs, ce qui nous mène à un bonheur limité étant donné que nous ne pouvons jouir de ces objets que dans un temps limité.

  • Par contre, dirigés par l'Esprit Saint, nous cherchons le Bonheur dans la communion avec Dieu, c'est à dire dans notre être même, car Dieu est l'Être de tout ce qui est. Ainsi, par un cheminement certe plus long et qui demande plus d'efforts que la simple satisfaction immédiate, nous pouvons parvenir à un bonheur permanent car notre Dieu, l'Être, lorsque nous l'avons trouvé, rien ne peut nous l'enlever, pas même la mort.

On peut comprendre ici que les aspects sombres de notre âme ne sont pas à diaboliser : eux aussi cherchent le bien, mais ils s'y prennent mal ; ils s'agit surtout de les guérir et de les éduquer afin qu'ils se mettent de plus en plus à oeuvrer dans la bonne direction.


  1. Comment chanter un chant du Seigneur en terre étrangère ?


Ces aspects sombres sont en « terre étrangère », c'est à dire étrangers à leur nature véritable et ils nous empêchent de vivre et d'exprimer pleinement le « chant du Seigneur », la Grâce, qui amène la véritable joie.


  1. Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite oublie... !


Tout ce qui, en nous, oublie Jérusalem, c'est à dire le lieu de la présence de Dieu, nous empêche d'exprimer la Volonté Divine dans le monde (notre « droite » peut représenter notre pouvoir d'action dans le monde) ; ce qui montrent que nous devons avant tout chercher à rétablir en nous-mêmes l'harmonie avec Dieu, car si cette harmonie n'est pas dans notre être intérieur alors aucune de nos paroles ou de nos actions ne le sera, quoi que l'on fasse.


  1. Que ma langue colle à mon palais si je ne pense plus à toi, si je ne fais passer Jérusalem avant toute autre joie.


Sur cette expression « Que ma langue colle à mon palais », un prêtre catholique m'a expliqué que l'on peut y voir une méthode comme dans les techniques orientales où le yogi en méditation colle la langue à son palais pour rétablir en lui-même une circulation énergétique harmonieuse. On peut également dire que cette expression traduit l'incapacité de louer véritablement Dieu et de parler selon Sa Volonté lorsque notre conscience n'est pas en sa présence.


  1. Seigneur, pense aux fils d'Édom, qui disaient au jour de Jérusalem : « Rasez, rasez jusqu'aux fondations ! »


On peut dire qu'ici nous faisons appel à Dieu pour qu'il nous montre à quel moment nous avons chuté, de quelle manière nous nous sommes éloignés de Lui, comment les forces de babylone, en nous, exercent leur pouvoir.

Les parties egoiste de notre âme voudraient nous débarrasser de notre conscience divine qui les gènent, en la détruisant jusqu'à ses fondations. Ce qui n'est pas faisable puisque ces fondations sont notre essence même... Par contre le psalmiste retourne ici cet appel contre les forces du mal qui sont en lui, pour qu'elles soient purifiées jusqu'à leur racine, jusqu'à leur origine ; ce qui est tout à fait possible puisque, comme le dit Saint Augustin, le mal n'existe pas en lui-même, il est une déformation du bien.

Ce psaume est construit sur le modèle de nombreux autres : D'abord il exprime l'état de celui qui s'est perdu, qui s'est éloigné de la lumière, puis il appelle à la purification, par l'action de Dieu (ce que l'on va voir dans les versets suivants). Cette manière de faire suit en fait les étapes que l'on doit suivre pour être purifié d'une tendance négative : d'abord la reconnaître en nous, ne pas la nier, ne pas la refouler, puis la placer devant Dieu et faire appel à sa Grâce, à l'énergie divine. Bien sur, la première de ces étapes est parfois douloureuse, -dans le sens ou une émotion négative n'est pas agréable à ressentir et dans le sens ou le fait de voir un de nos défauts écaille la belle couche de verni dont nous nous sommes recouverts par orgueil- mais sans passer par elle aucune purification n'est possible. Pour purifier l'orgueil par exemple on doit commencer par le reconnaître en soi, le regarder bien en face, le ressentir, voir comment il s'exprime dans notre vie, accepter qu'il soit là et qu'il ne va pas forcément partir tout de suite... Parfois nous hésitons aussi à ressentir nos aspects sombres par peur qu'ils se mettent alors à nous dominer ; mais c'est tout le contraire qui se passe : plus un de nos travers est conscientisé et moins il peut nous diriger.


  1. Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui te traitera comme tu nous as traités !


La fille de Babylone est la partie de notre conscience issue de la domination de notre personnalité par l'égo. Ce verset est donc un appel à la purification afin que la Grâce nous libère des obscurcissements générés par nos désirs égoïstes.


  1. Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc !


Ce verset, en apparence cruel, nous invite en fait à nettoyer dès leur apparition, tous les rejetons de cette manière égoïste de fonctionner : nous devons briser nos mauvaises pensées tant qu'elles sont comme des nourrissons, avant qu'elles ne grandissent et ne deviennent plus difficiles à déraciner de notre être. Le psaume nous invite à les briser sur le roc qui est Dieu. En effet, on voit par exemple au verset 32 du psaume 19(18) : « Qui donc est le Roc hormis notre Dieu ? ».

Pour le chrétien, le Christ et son enseignement sont également le roc sur lequel il s'appui et qui sert de fondation à tout son être : « Ainsi tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique peut être comparé à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc ». (Mt 25, 24).



On peut donc en déduire que ce psaume nous libère des forces de l'égo qui voudraient dominer notre âme afin de la replacer dans la lumière divine ou sa plus grande joie se trouvera dans un état de conscience conforme à sa nature profonde et imprégné de la présence de Dieu.


On voit donc ici que lorsque nous chanterons les psaumes, il faudra bien se garder de le faire en pensant aux ennemis ou aux incroyants extérieurs à nous mêmes. Car cela aurait pour effet de nous rendre impatients, intolérants et d'amenuiser en nous le feu de la Charité. Il faudra donc nous tourner à l'intérieur et c'est là que la grâce agira, par les psaumes, pour purifier peu à peu en nous toutes les forces qui s'opposent à Dieu.

Les psaumes pourront également être chantés ou récités pour le monde entier... Non pour lutter contre les personnes qui infligent de la souffrance aux autres mais pour purifier en eux et en tous les êtres toutes les tendances négatives. N'oublions pas cependant que s'il est salutaire que cette purification s'étende au monde, le premier pécheur dont nous devons nous préoccuper est celui que nous sommes.


Saint Benoit recommandait à ses moines de réciter tout le psautier en une semaine car ces 150 prières purifient tous les facettes de notre âme et constituent 150 vaccins que nous devons prendre régulièrement pour que le mal ne puissent plus nous contaminer. L'ensemble du psautier présente en effet des remèdes à toutes les tentations que nous pouvons rencontrer.

Si l'on choisi cette pratique de la récitation des psaumes on pourra donc réciter l'ensemble du psautier en 1, 2 ou 3 semaines, ou bien tous les mois, selon le temps que l'on souhaite y consacrer.

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Published by Ananie - dans Textes
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 14:10

Aujourd'hui, nous occidentaux, avons souvent oublié le sens d'une véritable recherche spirituelle. Ne sachant plus comment chercher Dieu, ou n'étant pas prêts à faire de véritables efforts pour cela, nous pensons qu'être religieux c'est s'imprégner de croyances intellectuelles et construire autour d'elles tout un système pour les protéger dans notre tête.

 

 

Mais cela ne correspond en rien à une démarche spirituelle : c'est une démarche mentale. Car la Foi n'est pas une simple croyance intellectuelle, elle ne peut naitre que d'une véritable expérience intérieure de Dieu. Ceci explique pourquoi les théologiens chrétiens en font une des trois vertus théologales (théologale veut dire « qui vient de Dieu »), car l'homme ne peut la produire en usant de ses facultés psychiques, il la reçoit en s'ouvrant de plus en plus à la présence de Celui qui est au delà de tout ce qui peut être conceptualisé.

 


La croyance n'est pourtant pas à rejetter, elle a son utilité. Ainsi, dans la spiritualité orientale on accorde une certaine confiance aux enseignements des maîtres spirituels et aux Saintes Ecritures : ce qu'ils enseignent n'est pas sensé être assimilé par une confiance aveugle, mais sert à montrer une direction, un chemin. Celui qui est en recherche réfléchit à ces vérités, il y confronte ses propres opinions, les discute, et il cherche à les expérimenter, à les voir par lui même. C'est cette démarche qui accomplit en lui une profonde et progressive transformation.

Ce principe est également valable pour la spiritualité occidentale mais comme notre culture privilégie trop souvent l'intellect, nous avons parfois oublié que l'important en religion c'est l'expérience intérieure, car la vision des choses spirituelles dépasse tout ce que notre mental peut conceptualiser. Saint Augustin disait: « Je crois en ce que je ne connais pas pour connaître ce en quoi je crois ». Et le rôle de la croyance est là : c'est un moyen, non une fin. On peut accorder un certain crédit aux Saints qui ont une vision spirituelle, une expérience mystique que nous n'avons pas, mais il ne s'agit pas de s'arrêter là car si l'on se contempte de cette croyance, on risque de ne jamais être véritablement touché par le Divin.

Le chrétien ne doit pas abandonner sa raison et son expérience intérieure pour croire tout ce qu'on lui dit sans chercher à le vérifier; au contraire, il doit chercher à expérimenter ce qu'il a commencé à croire. Mais comme les choses spirituelles ne peuvent être appréhendées par les cinq sens, les sens utilisés dans l'expérimentation du chrétien sont ses sens intérieurs, et son expérimentation est sa pratique spirituelle par laquelle il se place dans la présence de Dieu. Ainsi, par exemple, il ne se contentera pas de croire que Dieu est Amour mais son assiduité dans la prière l'amenera, au fil du temps, à sentir, à vivre profondément cet Amour de Dieu dans tout son être, jusque dans son corps, et cette expérience lui donnera une connaissance véritable et certaine que Dieu est Amour.


De plus, le fait de trop s'accrocher à une croyance peut parfois être dangeureux: les fanatiques sont des gens qui s'accrochent de toutes leurs forces à de fragiles croyances, et pour les défendre, ils sont prêts à aggresser tous ceux qui ne pensent pas comme eux, verbalement ou même parfois physiquement. Au contraire quelqun qui a acquis une véritable Foi par l'expérience du Divin ne se sent pas en danger lorsque l'on ne pense pas comme lui, et il ne cherche pas à convaincre violement les autres que son point de vue est le meilleur.


Enfin, une croyance intellectuelle ne peut pas nous changer de l'intérieur comme le fait la Foi véritable. Car si la croyance implique uniquement notre intellect, l'expérience de Dieu, elle, nous imprègne de la Lumière Divine dans tous les plans de notre être: spirituel, intellectuel, émotionnel et corporel. Cette expérience s'intègre en nous et a le pouvoir de nous transformer, même si nous ne pouvons la comprendre et la définir clairement.


Nous devrions donc prendre exemple sur les premiers chrétiens qui ne cherchaient pas à croire en Dieu mais à le voir, qui ne se forçaient pas à se convaincre de l'existence de la Sainte Trinité mais à communier avec elle, qui ne se contentaient pas de répéter que Jésus est le Fils de Dieu mais qui voulaient intégrer profondément ce que cela signifie, par la proximité avec Lui.


Ainsi, lorsque lors de lectures de la Bible ou d'écoute d'enseignements religieux, nous recevons des vérités de la part des écritures, ou de l'Eglise, commençons par voir quel sens cela à pour nous, confrontons les arguments contraires qui sont en nous, discutons en avec d'autres personnes... Tout ceci sans rejeter ces vérités -car elles viennent généralement de personnes inspirées par Dieu, qui ont une meilleure vision que nous- et sans non plus les accepter d'emblée -car les Ecritures ont de nombreuses interprétations possibles et l'Eglise, même si le Christ l'habite, peut se tromper, elle l'a mainte fois démontré par le passé-. Dans cette étape de réflexion, on peut également demander à Dieu de nous éclairer, de nous révéler la vérité.

En plus de ces étapes d'étude et de réflexion -qui sont nécessaires pour préparer notre intellect à voir plus loin-, il est nécessaire de prier et de pratiquer la contemplation car les vérités spirituelles sont, encore une fois, au delà de l'intellect et il n'y a que dans contemplation que Dieu peut nous révéler ses mystères.

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 14:08

Toute voie spirituelle a pour objectif de nous faire parvenir à un état de perfection. Dans le christianisme cet état est appellé Sainteté, union à Dieu, ou divinisation. Donc si nous voulons avancer dans cette voie spirituelle, nous devons nous fixer cet objectif de parvenir à la Sainteté, c'est à dire un état ou nous serons pleinement unis à Dieu pour faire le bien de tous.

On peut illustrer cela par une comparaison:

Imaginons que nous ayons une voiture en mauvais état. Si nous voulons réparer cette voiture le mieux possible, avant même que commencent nos réparations, nous prendrons comme objectif à atteindre une voiture qui est en parfait état de marche, sans aucun défaut. Car si nous prenons comme but une voiture qui n'est qu'en partie en bon état, nous risquons d'une part de ne pas faire toutes les réparations possibles sur la notre, et d'autre part de l'abimer là où elle ne l'était pas en nous appuyant sur un mauvais exemple.

Il en est de même pour le cheminement spirituel: nous devons nous fixer comme objectif la sainteté pour parvenir au meilleur état possible de notre âme.

Mais cet objectif ne doit pas non plus constituer une pression. En fait il faut avoir un objectif le plus élévé possible pour ne pas se limiter et en même temps lacher prise sur le résultat : on fait notre maximum et on verra bien ce que cela donne.

L'objectif est surtout là pour donner une direction à notre travail spirituel, et c'est cette direction qui est très importante. En effet, l'orientation que nous donnons à notre esprit pendant notre pratique spirituelle conditionne les résultats que nous obtiendrons comme fruits de cette pratique. Si nous avons à l'esprit, pendant nos prières et méditations, un but limité, nous pouvons être surs que les fruits de notre pratique seront limités. Par contre, si nous orientons notre esprit vers un but ultime (la Sainteté), les fruits de notre pratique pourraient bien nous surprendre et dépasser ce que nos aurions pu espérer ou imaginer. Ne serait-il pas dommage de passer du temps à prier tout en limitant l'action de Dieu en nous ? Ce serait comme de dire: Seigneur, oeuvre en moi, transmet moi tes dons... mais pas trop ! Et souvent on veut se faire croire à soi même que cette attitude est un signe d'humilité mais en fait c'est de la peur : peur de lacher ce à quoi nous sommes habitués, même si ces habitudes nous font souffrir. Ce n'est pas être humble que de ne pas laisser la grâce divine oeuvrer en nous comme elle l'entend. Et de quoi avons nous peur ? De devenir trop bon ? Trop heureux ?

En demandant tous les jours à Dieu de faire de nous des Saints, de nous unir à Lui, pour que nous puissions faire le bien de tous, nous donnons une orientation à notre esprit, et nous nous mettons en accord avec la Volonté Divine, nous ne mettons plus de limites à son action en nous. Ainsi Dieu peut nous amener là où Lui il veut.

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