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  • : Ananie
  • Ananie
  • : Ce blog a pour but de présenter une vision spirituelle de la tradition chrétienne
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 14:48

Que cela soit conscient, ou plus enfouit dans notre psychisme, nous autres chrétiens croyons parfois que Dieu est extérieur à nous-mêmes. Cette idée en engendre une foule d'autres qui nous trompent sur la nature de Dieu et réduisent parfois notre pratique spirituelle à quelque chose s'apparentant plus à de la superstition qu'à de la religion. Ainsi nous croyons que Dieu nous juge, qu'il comptabilise nos bonnes et mauvaises actions, ou que nous pouvons marchander avec lui « si je te donnes ceci, tu me donnes cela », ou encore que certaines choses, comme l'amour du prochain, lui plaisent alors que d'autres non.

Pourtant, tous les Saints de notre religion expliquent très clairement le fait que Dieu est à l'intérieur de nous. Par exemple Saint Augustin dit qu'il a cherché Dieu au dehors, mais qu'il l'a trouvé au dedans de lui. Sainte thérèse d'Avila compare l'âme à un château, au centre duquel Dieu habite. Et on pourrait trouver des idées de ce genre chez tous les auteurs chrétiens, très probablement sans aucune exception.


Alors pourquoi cette confusion ? Cela vient à mon avis d'une mauvaise compréhension du langage chrétien, qui est utilisés par les mêmes Saints qui croient que Dieu est en nous. Celui-ci consiste à personnifier cet absolu que l'on appelle Dieu afin d'entrer en relation avec Lui.

Ce langage est en quelque sorte imparfait, et il en est de même pour le langage de toutes les religions. C'est la grande contradiction de tous les systèmes religieux : ceux-ci nous proposent un chemin, avec tout un système de concepts, pour réaliser un absolu qui est lui, au delà de toute conception. Mais il est impossible de proposer à l'homme, enfermé dans sa vision conceptuelle de la réalité, un chemin vers l'absolu, si ce n'est au travers d'autres concepts, seuls éléments qu'il peut comprendre.

N'ayant aucune autre possibilité, les religions nous proposent donc un système conceptuel. Mais ce système n'est pas comme ceux que nous avons l'habitude d'adopter : celui-ci, s'il est accompagné de pratiques spirituelles adéquates, mène celui qui y adhère à transcender complèment sa vision des choses, à sortir des concepts, pour percevoir l'absolu, qui est au delà de tout.


Lorsqu'un auteur chrétien dit que quand on agit, parle ou pense avec un certain état d'esprit cela plait à Dieu et qu'Il nous comble de Sa Grâce, cela signifie que si nous sommes dans un état d'esprit bienveillant, nous nous ouvrons à l'Amour, qui est la nature même de l'absolu (de Dieu) et alors, la puissance de cet absolu, avec laquelle nous entrons en résonnance nous innonde de ses bienfaits.

Si, au contraire, nous n'agissons pas dans un état d'esprit bon et aimant, notre âme est comme brouillé et dans ce trouble, nous ne pouvons plus entrer en contact avec la présence de Dieu. Certains chrétiens diront alors que Dieu leur refuse Sa Grâce à cause de leurs péchés.

Cela est un langage imagé, mais en réalité Dieu est toujours là, à chaque instant, au dedans de nous. Soit nous acceptons son action, lâchons prise et le laissons faire, et alors sa lumière nous éclaire et nous montre le chemin, soit on agit sous l'emprise de nos désirs aveugles et alors c'est comme si Dieu s'était retiré de nous.


Un dernier exemple sur le langage chrétien : Lorsqu'un chrétien passe par une période de vie ou il ne ressent plus de plaisir sensitif dans ses prières mais où il doit apprendre à lacher prise plus profondément et à ne pas être dans une quelconque attente dans sa pratique afin de percevoir de plus subtiles énergies divines, il dit que Dieu se retire de lui pour un temps afin de le purifier et d'approfondir sa dévotion.



Mais revenons au verset, en titre de ce texte :

« Le règne de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 21).

Il est ici reproduit selon la traduction de la liturgie de l'Eglise. Sous cette forme, on l'interpréte parfois comme un propos du Christ qui se définit lui-même comme le règne de Dieu, au milieu de ses disciples au temps de son incarnation. On traduit aussi cette parole en disant que le Christ est présent au milieu des assemblées qui le louent.

Ces interprétations sont tout à fait justes, mais à mon sens, si l'on s'en tiend à celles-ci, on se prive d'une partie importante de l'enseignement de Jésus.


Saint Jérome, dans la traduction de la Vulgate, si chère à de nombreux Saints et Pères de l'Eglise, nous donne une traduction de ce verset très explicite : « le royaume de Dieu est au dedans de vous » (Luc 17,21). Le Christ ne parle en effet pas seulement de sa présence dans le monde, ou dans les assemblées chrétiennes, il nous dit que le royaume de Dieu est à l'intérieur de nous. Et il n'y a que là que tous les Saints ont pu le trouver avant de le percevoir en toutes choses.


Bien que la traduction de la Bible de la liturgie puisse, d'un premier abord, prêter à confusion, elle n'en demeure pas moins très intéressante.

La différence fondamentale avec la traduction de Saint Jérome consiste en le remplacement du terme « au-dedans » par « au milieu ».

Si le terme au-dedans, nous indique qu'il faut chercher à l'intérieur et non à l'extérieur, le terme au milieu, nous montre plus précisément où nous allons trouver ce royaume.


Tout d'abord, l'idée de milieu évoque un équilibre par rapport à deux extrèmes. Cette notion s'adresse à notre psychisme (appelé l'âme chez les premiers chrétiens) qui peut la comprendre. On peut en effet arriver à cette compréhension par la réflexion, le ressenti et l'observation de la vie.

Entrer dans le règne de Dieu implique de ne pas nous laisser abuser par ces extrèmes humains :

  • Du matérialisme et du rejet de la matière : Pour pecevoir l'Esprit dans la matière, sans opposer ces deux aspects de la réalité,

  • De l'ascèse extrème et du laisser aller : Pour pratiquer une juste ascèse, tout en laissant la place à une certaine détente permettant à la grâce de venir nous illuminer,

  • De la douceur excessive vis à vis des autres et de soi-même et de la dureté intransigeante : Pour savoir acceuillir les autres et nous-mêmes dans leurs et nos limitations, tout en sachant, quand cela est le moment propice nous permettre d'effectuer un pas de plus en bousculant nos habitudes,

  • De la vie et de la mort : Pour accéder à une vie éternelle, au delà de la vie et de la mort,

  • De la contemplation et de l'action : Pour que notre action soit soutenue par notre contemplation, et que cette dernière s'incarne dans le monde par des oeuvres concrètes.

  • De la nature humaine et de la nature divine : Pour que le chrétien accomplit réconcilie en lui ces deux natures pour n'en former qu'une et devenir un autre Christ.


Vivre en Dieu implique de trouver le juste milieu entre tous les opposés présents dans notre psychisme et qui se manifestent dans nos actions, nos paroles et nos états d'esprit. C'est un travail d'affinement constant.



D'autre part, le milieu évoque l'idée d'un centre. Cette notion est plus mystique que la précédente, notre psychisme ne peut la comprendre, on ne peut la percevoir que par la contemplation. Elle s'adresse à ce qui, en nous, est en communion directe avec Dieu, au delà de notre psychisme, et que les premiers chrétiens appellent l'esprit (pour les premiers chrétiens l'homme est corps, âme et esprit).

Dieu est donc au centre de nous. Mais alors qu'est ce qui est au centre de ce que nous appelons « nous », de ce que nous sommes ? Pour trouver un centre, il faut un ensemble, une périphérie. Pour trouver le centre de soi-même, il faut définir ce que l'on appelle soi-même. Or soi-même c'est un ensemble de chose : notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions. Qu'est ce qui est au centre de notre corps, de nos pensées, de nos émotions, de nos perceptions ? Regardons en nous-mêmes, posons nous cette question et par un regard profond cherchons... Ne nous contentons pas d'une réponse toute faite, cherchons toute notre vie à plonger notre regard dans ce Mystère... Qu'est ce qui est au centre de nous ?

La réponse qui suit est seulement là pour nous indiquer où nous devons chercher.

Ce qui est au centre de nous c'est notre conscience ! Tout émane d'elle, et est perçu par elle... Alors que tout le reste autour change, notre conscience, notre faculté d'être conscient (et non conscience dans le sens de conscience morale) elle reste constante, immuable. Elle seule est de manière véritable, éternellement. Le règne de Dieu, c'est la conscience. Lorsque qu'au lieu de chercher le bonheur à l'extérieur, dans les plaisirs relatifs de notre corps, de nos pensées, de nos émotions, et de nos perceptions, nous nous retournons et cherchons en direction de notre conscience, c'est à dire ce qui, en nous, est conscient, là seulement nous cheminons vers Dieu et son Royaume.



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Published by Ananie - dans Textes
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