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  • : Ananie
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  • : Ce blog a pour but de présenter une vision spirituelle de la tradition chrétienne
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 21:22

S'attacher excessivement à des possessions, à des personnes, à des connaissances peut nous amener à développer un comportement contraire à l'amour et qui ne correspondra pas à nos valeurs profondes (car, à l'image de Dieu, au plus profond de notre être, nous sommes amour).

''Possédés'' par cet attachement, nous ne serons plus nous mêmes et nous perdrons toute chance d'être véritablement en paix et heureux.

 

 

Mais se détacher n'est pas rejeter.

 

Saint Jean de la Croix nous dit que quelqu'un qui a laissé toutes possessions peut toujours y être attaché. En effet, il s'en tient écarté, mais si ces possessions se présentent à nouveau devant lui, il retombe immédiatement dans un comportement empreint d'attachement.

 

Le véritable détachement est intérieur.

 

Ainsi il ne se voit pas au fait d'avoir peu ou beaucoup, mais plutôt à notre attitude d'esprit vis à vis de ce peu ou de ce beaucoup.

Celui qui possède beaucoup mais qui ne voit pas tout son bonheur et tout ce qu'il pense être s'écrouler lorsqu'il perd ses possessions est détaché.

Et celui qui possède peu tout en ayant de quoi vivre mais ressent une insatisfaction permanente, se disant qu'il pourra seulement être heureux en possédant plus, est attaché.

 

De même, celui qui craint de perdre ses possessions et ne peut trouver la paix est attaché.

Celui qui vit heureux avec le peu qu'il possède est détaché.

 

 

En définitive c'est le bonheur et la paix, qui sont les véritables indicateurs d'une attitude juste empreinte de la présence de Dieu. Ceci est valable pour le détachement, mais aussi pour toute autre vertu.

 

 

Certains croient pratiquer le détachement en se rendant insensibles.

Par exemple en refusant d'éprouver de profonds sentiments pour leur compagnon ou leur compagne et en se disant : « Qu'il ou elle soit là ou pas, pour moi c'est la même chose. »

Mais une telle attitude n'a rien à voir avec le détachement, c'est plutôt une fuite du travail qu'il pourrait y avoir à faire à ce niveau là.

 

Se détacher ce n'est pas ne rien ressentir, ce n'est pas n'éprouver aucune affection pour qui ou quoi que se soit. Ce n'est pas se contracter intérieurement pour ne pas ressentir la joie des choses agréables, ou la peine de la perte.

 

On croit qu'il en est ainsi, qu'il faut pouvoir ne pas éprouver la peine de la perte pour rester dans l'amour et la paix. Tout ceci parce que nous sommes incapable d'accepter cette peine, c'est pourquoi nous ne pouvons pas rester dans l'amour et la paix lorsque nous la ressentons.

 

 

Le véritable détachement c'est être détaché du rejet des sensations désagréables et de l'attachement aux sensations agréables.

 

Lorsque nous sommes excessivement attachés à quelque chose, c'est en fait parce que nous sommes attachés aux sensations agréables que cette chose nous procure, et que nous refusons de ressentir les sensations désagréables que la perte de cette chose pourrait nous procurer.

 

C'est pourquoi se rendre insensible est une fuite : c'est fuir le véritable problème du détachement - qui consiste à ne plus rejeter les sensations désagréables et à ne plus vouloir garder indéfiniment celles qui sont agréables - en essayant de refouler toute sensation agréable ou désagréable qui apparait naturellement en nous.

 

 

Celui qui se nuit à lui-même ou aux autres parce qu'il souffre de perdre, ou à peur de perdre, ou voudrait posséder, ne le fait pas pour l'objet lui-même. Mais il le fait parce qu'il refuse cette douleur, cette angoisse de la perte, cet arrêt inévitable de la jouissance (qui est toujours temporaire). Ce qu'il veut ce n'est pas l'objet de son attachement, mais une paix et un bonheur stable, et il croit qu'il les obtiendra en possédant l'objet en question.

Or faire dépendre sa paix et son bonheur d'un objet extérieur c'est inévitablement les rendre instables puisque aucun objet extérieur ne sera là pour toujours.

 

 

Se détacher, c'est accepter tout pleinement : accepter la joie, l'amour, la peine, la perte, la douleur, le deuil... Celui qui accepte tout cela reste dans la paix et l'amour en toutes circonstances.

 

 

 

Pour nous placer dans cet état d'esprit du juste détachement, nous pouvons nous imprégner de la force divine (appelée la ''parole de Dieu'' dans la tradition chrétienne) contenue dans ces mots de Saint Paul :

 

Frères, je dois vous le dire : le temps est limité.

 

Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme,

 

ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas,

 

ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux,

 

ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien,

 

ceux qui tirent profit de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas.

 

Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer.

 

 

 

Saint Paul nous explique ici que si nous devons nous détacher des choses du monde, c'est parce que ces choses sont limitées dans le temps. Elles ne permettent donc d'accéder qu'à des plaisirs limités, et non à un véritable bonheur durable.

 

Mais ce texte ne nous dit pas non plus de ne pas jouir du monde ou d'éviter ses joies et ses peines. Il nous enseigne plutôt comment les vivre tout en en étant détaché.

Et la clé réside à mon sens dans la première phrase où Saint Paul nous exhorte au détachement : « que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme ».

En effet, ce passage fait bien la distinction entre l'être et l'avoir : être comme si nous n'avions pas, c'est ne pas s'identifier à ce que nous avons.

 

C'est à dire que notre être même se situe au delà de ce que nous avons.

Quand nous avons une femme, nous ne pouvons pas nous définir, dans notre être même, comme une personne ayant une femme, car même sans femme, notre être serait toujours le même.

De même au milieu des peines comme des joies, des possessions matérielles ou des jouissances mondaines, notre être profond demeure stable.

 

Ainsi, en nous identifiant à cet être profond, nous pourrons demeurer en paix au milieu de tous les changements du monde.

 

De plus, nous pouvons interpréter cette phrase de Saint Paul; « que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme », dans un sens allégorique  : dans la symbolique biblique, l'homme représente l'esprit, l'essence divine de l'être, et la femme représente la personnalité.

Ainsi la clé du détachement consiste à ne pas s'identifier à cette personnalité : nous ne sommes pas les relations que nous avons tissées, nous ne sommes pas nos peines et nos joies, nous ne sommes pas nos possessions, nous ne sommes pas ce que nous faisons dans le monde.

Mais nous sommes l'être même, que rien ne peut définir et qui est conscient de tout cela.

 

Et pour trouver l'être en nous qui est conscient, il faut déjà être pleinement conscient de tout ce qui nous anime à chaque instant sans rien rejeter, ni la joie, ni la peine.

Car plus nous sommes conscients et plus nous pouvons trouver celui qui est conscient.

 

Ainsi se détacher c'est être pleinement conscient que nous vivons une relation avec une femme, que nous avons une personnalité, un corps, des pensées, des émotions, des sensations désagréables, des agréables, mais conscient aussi que tout cela ne fait pas partie de notre être même et que ces choses sont toujours temporaires car elles changent sans cesse et s'arrêteront à notre mort de toute façon.

 

Étant pleinement conscient de cela nous aurons l'attitude juste : nous laisserons partir en toute quiétude nos expériences agréables lorsqu'elles s'arrêteront, et nous accepterons également dans la sérénité les expériences désagréables que nous ne pouvons éviter ou que nous devons traverser pour arriver à plus de bonheur véritable.

 

En faisant ainsi nous nous tournerons de plus en plus vers l'intérieur de notre être, vers la présence divine en nous, qui donne un bonheur qui ne dépend d'aucune chose extérieure. Et grâce à cette attitude, nous éviterons de tomber dans des comportements qui nous auraient procuré bien des souffrances inutiles.

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Published by Ananie - dans Textes
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