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  • : Ananie
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  • : Ce blog a pour but de présenter une vision spirituelle de la tradition chrétienne
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 23:03

Dans cet essai je tente de montrer que les voies chrétienne et bouddhiste, même si elles conçoivent la spiritualité différemment, tendent ultimement à amener l'individu vers un même état d'être... Ma vision étant loin d'être celle d'un Saint ou d'un Bouddha et ma connaissance des voies spirituelles dont je parle n'étant pas celle d'un véritable enseignant de ces traditions, il est tout à fait possible que cet écrit contienne des imprecisions mais son but est seulement d'amorcer une possibilité de lien entre ces deux courants spirituels dans l'esprit de celui ou celle qui le lira.

Certains chrétiens pensent que le bouddhisme n'est pas une voie spirituelle mais seulement une sagesse, une philosophie de vie. Ceux-ci pourront lire par exemple le 'Livre tibétain de la vie et de la mort' de Sogyal Rinpoché ou 'Le Moine et le Lama' de Frédéric Lenoir (qui rapporte les entretiens entre un Abbé bénédictin et un Maître bouddhiste) pour se faire une idée de la véritable profondeur du bouddhisme tibétain.

 

On peut comparer les différentes voies spirituelles à plusieurs chemins qui montent sur une même montagne. Lorsque l'on commence à en monter un, on est d'abord entouré d'une dense forêt, avec peu de visibilité autour et si l'on ne veut pas se perdre, il faut bien regarder le chemin devant soi, ne pas le quitter des yeux.

Mais à mesure que l'on monte, la végétation se rarifie de plus en plus avec l'altitude (comme sur toute montagne) ; ainsi, on commence à voir un peu plus loin autour, entre les arbres, et on distingue d'autres chemins mais sans savoir jusqu'où ils vont. En continuant notre ascension, on finit par sortir de la forêt et percevoir, au loin, le sommet. Là, dans cette rare végétation d'altitude, on a une vue d'ensemble, et on constate que les chemins qui visent une pleine réalisation spirituelle, au delà de toute conception, croyance, ou élaboration mentale quelle qu'elle soit (comme dans le bouddhisme ou le christianisme des Pères et des Saints où l'on ne peut concevoir l'absolu ou Dieu) s'orientent tous dans un même sens. Ainsi, plus on se rapproche du sommet, plus on se rend compte que les différentes voies d'ascension s'y rejoignent... Et je suppose que lorsque l'on arrive tout près du sommet, il n'y a plus de chemin tracé.

 

Malheureusement, il nous arrive parfois de comparer notre voie spirituelle à une autre en pensant que cette première est la meilleure car menant à une plus profonde réalisation. Mais en fait, cela est très difficile de comparer des traditions différentes car celles-ci s'inscrivent dans des cultures bien spécifiques et il est impossible de vraiment comprendre une voie spirituelle sans être imprégné de la culture, de l'état d'esprit et de la philosophie dans laquelle elle s'inscrit.

 

Avant de comparer deux traditions spirituelles et de penser qu'elles ne mènent pas à la même réalisation il faut, à mon avis, répondre à certains critères :

  • Avoir étudié pendant plusieurs années les traditions dont on parle non seulement dans des livres mais surtout en ayant reçu de nombreux enseignements oraux de grands pratiquants de ces courants spirituels (certains prêtres, moines, lamas, swamis...) et si possible de plusieurs enseignants différents pour avoir plusieurs points de vue.

 

  • Avoir discuté avec ces enseignants pour vérifier si l'on a bien compris leurs enseignements.

  • Avoir suffisament pratiqué leurs méthodes spirituelles (méditation, prière...) pour les avoir ressenties de l'intérieur.

  • Avoir rencontré des personnes faisant partie de ces traditions et ayant atteind une certaine réalisation, un certain état de sainteté pour pouvoir pressentir ce qu'aucun mot, aucun concept, aucune compréhension même ne pourra jamais nous faire percevoir.

Et même en ayant rempli toutes ces conditions on n'aura qu'une connaissance approximative des voies spirituelles en question car toutes celles qui ont fait leurs preuves sont d'une profondeur insondable et une vie entière ne suffit parfois pas à faire le tour d'une seule de ces traditions.

Lorsque l'on pense que notre tradition est la meilleure je crois que l'on devrait se rappeler que tous les grands enseignements spirituels ont été donnés par des maîtres réalisés dont la conscience nous dépasse complètement, et qu'ils ont fait leurs preuves en produisant de nombreux saints (quel que soit le nom qu'on leur donne) n'étants pas plus grands dans une tradition que dans une autre.

Cela me paraît dommage de croire qu'il n'y a qu'une seule bonne manière de décrire la réalité car elle est au delà des mots et suivant le système de référence dans lequel on se place les mots pour la décrire pourront être complètement différents. De la même manière je crois qu'il est faux de penser qu'il n'y a qu'une voie qui puisse mener à l'Eveil, à la Sainteté, à l'union à Dieu car cet état est au delà de l'enseignement et de la pratique spirituelle quelle qu'elle soit.

 

Voyons donc, en gros, les conceptions bouddhistes et chrétiennes.

  • Les bouddhistes disent que nous avons tous la nature de Bouddha et que nous ne la réalisons pas parce que nous nous identifions à un moi qui est une illusion. Pour eux parvenir à l'état de Bouddha c'est se libérer de cette illusion d'être un moi séparé de ce qui nous entoure et se rendre compte que le Bonheur c'est d'agir pour le bien d'autrui.

  • Les chrétiens disent, quand à eux que nous sommes une création de Dieu et que pour parvenir à la sainteté nous devons unir notre moi à Dieu, de manière à ne faire qu'un avec lui. Ainsi Dieu pourra agir au travers de notre personne pour le bien de tous.

La principale différence apparente entre ces deux conceptions réside dans la place que ces courants spirituels donnent au moi : d'un côté on doit déjouer l'illusion d'être un 'je' séparé de ce qui nous entoure, et de l'autre on doit unir ce moi à Dieu. Bien sur il ne faut pas avoir une idée erronée de Dieu comme l'ont certaines personnes. Pour les auteurs chrétiens (Saints et Pères de l'Eglise), Dieu n'est pas un vieillard assis sur son nuage qui nous juge, nous récompense et nous condamne. Tous les maitres chrétiens et Jésus Christ lui-même, disent que Dieu et au centre de nous-mêmes et lorsqu'ils en parlent comme s'il était extérieur à nous c'est pour insister sur le fait qu'il est extérieur au moi car il transcende cette notion de moi (ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas en nous).

 

Il est vrai que notre conception de la spiritualité oriente notre travail spirituel et conditionne donc notre réalisation future... Ce qui pourrait impliquer que des conceptions différentes ne mèneront pas au même état spirituel. Mais une conception n'a de sens que dans un système de référence particulier. Ainsi deux conceptions différentes, mais s'inscrivant dans deux cultures différentes pourront tout à fait mener à la même chose.

On peut symboliser cela par une comparaison : deux personnes (qui peuvent représenter orientaux et occidentaux) sont dans une pièce (qui peut représenter la spiritualité) à deux endroits différents. Lorsqu'elles décrivent la pièce, si on les écoute de l'extérieur et que l'on compare leurs conceptions, il nous semblera que ces personnes sont dans une pièce différente : l'une dira que le bureau est à gauche et la porte en face et l'autre que le bureau est en face et la porte à droite. Mais en fait pour se rendre compte que ces deux personnes décrivent la même pièce, il faut se mettre à leur place et considérer que leur point de vue n'a de sens que si l'on se place à un endroit bien particulier de la pièce.

 

Ainsi, la plus grosse différence culturelle entre les occidentaux et les orientaux, l'écart entre 'leurs deux places dans la pièce' est constitué par leur manière de concevoir de ce que l'on est.

  • Quand les occidentaux parlent de ce qu'ils sont, de leur « je », celui-ci est défini, en gros, par leur corps, leurs émotions, leurs pensées. La voie chrétienne s'inscrit dans cette culture et se construit donc en la prenant en compte.

  • Les orientaux eux disent « je pense... je ressens... J'ai un corps » ; mais qui est ce « je » qui pense, qui ressens, qui a un corps ? Eux disent que l'illusion c'est justement de croire que nous sommes la pensée, les émotions, le corps alors que ce que nous sommes véritablement est la conscience qui perçoit tout cela. Et cette conscience n'appartiend pas à un 'je', elle imprègne tout. La voie bouddhiste elle part de cette conception.

 

Les orientaux peuvent concevoir le fait d'être, d'exister, sans avoir un moi ; ce qui est totalement étrangé à la pensée occidentale. Ainsi quelqu'un qui atteind l'état de Bouddha est dans un état qui n'a rien à voir avec un 'je'. Si l'on traduit les conceptions bouddhistes en langage chrétien, on pourrait dire que les bouddhistes disent (et plusieurs maîtres le disent effectivement) que notre véritable nature est Dieu. Ce qui semblera être une idée erronée pour certains chrétiens. Mais attention, un bouddhiste traduisant sa pensée en termes chrétriens ne dira jamais « je suis Dieu » mais « ma véritable nature est Dieu » (et encore ici le mot 'ma' pose problème car cette nature véritable n'appartiend pas à la personne : elle dépasse la notion de personne). Ce que nous avons du mal à comprendre en tant que chrétiens c'est que quand un bouddhiste parle de sa véritable nature il parle de ce qui est au delà du moi, il parle de l'Etre en lui.

 

Et cela tout les auteurs chrétiens le disent : l'Etre en nous c'est Dieu. En effet, dans la Bible, les noms que Dieu donne de lui même sont « je suis celui qui Est » et « je suis le je suis » (Ex 3, 14).

La question que se posent les orientaux pour savoir qui ils sont véritablement c'est « qui est, en moi, celui qui est ?» ; « qui est en moi, le 'je suis' ?». Par la méditation, ils constatent que cet Etre est le même Etre qui est en toute chose, ainsi la conscience d'un Bouddha n'est plus limitée à sa personnalité. Ce qui ne veut pas dire qu'un Bouddha s'identifie avec tout ce qui est, il s'identifie plutôt (semble t-il) à l'Existence elle-même... Existence que l'on peut plus ou moins percevoir au travers de tout ce qui existe mais qui en elle-même est complètement imperceptible, insaisissable. Avec une telle conception de leur nature véritable comment les bouddhistes ne pourraient-ils pas dire que cette nature véritable est Dieu ?

De plus si on lit ou que l'on écoute un maitre chrétien qui parle de Dieu et un maitre bouddhiste qui parle de la véritable nature des êtres et des choses (qu'ils appellent vacuité mais qu'il ne faut pas comprendre comme le vide), ces deux maitres diront la même chose et souvent avec des termes très semblables.

 

Lorsque le chrétien dit qu'il doit unir son moi à Dieu et que Dieu doit dorénavant diriger son moi il dit la même chose que le bouddhiste qui parle de lacher le moi pour accéder à sa véritable nature car, dans cette union chrétienne, Dieu, qui est l'Etre, fait Un, totalement, avec le moi, de telle manière qu'il n'y a plus de différence entre le moi et Dieu comme le dit Sainte Thérèse d'Avila ou qu'il ne reste en nous plus aucun sentiment de moi comme le dit l'auteur du nuage d'inconnaissance.

Il faut comprendre que dans la vision chrétienne, Dieu est en toutes choses comme l'Etre même, le principe d'existence de chaque chose ; et que Dieu n'est pas multiple, qu'il n'y a pas un petit bout de Dieu, d'existence, en chaque chose mais que Dieu est Un et qu'il imprègne tout. Ainsi dans cet état d'union divine, le Saint ne s'identifie plus à un moi, il n'est plus dans l'illusion d'être un moi séparé du reste du monde et séparé de Dieu.

Une précision : dans le bouddhisme comme dans le christianisme la personnalité ne disparaît pas avec la réalisation. Ce qui disparaît c'est le fait de s'identifier à cette personnalité qui devient alors comme un outil ou un instrument utilisé par Dieu ou notre véritable nature.

 

Au niveau de la pratique :

  • Lorsque le chrétien prie ou pratique la contemplation, il lache prise totalement, il abandonne sa volonté propre pour laisser Dieu le façonner et peu à peu se révéler à lui. La spiritualité chrétienne fonctionne sur le mode d'une relation entre notre moi et Dieu ; et c'est pour cela que l'on personnifie Dieu chez les chrétiens, mais il ne faut pas oublier que cette personnification est une métaphore qui permet d'entrer plus facilement en relation avec cette dimension de nous-mêmes et des choses qui est transcendante et indéfinissable. Ainsi cette relation est sensée mener peu à peu le chrétien à une union divine. Mais s'unir à Dieu ne veut pas dire qu'il y aura moi + Dieu. Non, ce que cherche le chrétien c'est d'être véritablement Un avec Dieu, au sens propre ; de manière à ce que son 'moi', qui au départ dirigeait sa personnalité ne soit pas transformé (pour devenir un super moi divin) mais remplacé par le Christ (qui est Dieu incarné pour un chrétien) et qu'il prenne toute la place en lui de manière à ce que ce ne soit plus lui qui vive mais le Christ qui vive en lui comme le dit Saint Paul. Ainsi le Christ sera comme la tête dirigeante et la personnalité du Saint comme le corps par lequel s'exprime le Christ.

  • Lorsque le bouddhiste prie ou médite, il lache prise totalement, il abandonne sa volonté propre, égoique pour laisser sa véritable nature se révéler, avec toutes les qualités pures de Bonté, de Compassion, de Sagesse... qui lui sont propres. La spiritualité bouddhiste, elle, fonctionne sur le mode d'une quête de ce qu'est notre véritable nature et la véritable nature des choses. Et celle-ci ne peut se révéler que dans la suppression de toute saisie égoiste (saisie qui consiste à repousser ce que l'on juge désagréable, à s'accrocher à ce qui est agréable et à interpréter sans cesse la réalité au lieu de la percevoir telle qu'elle est). Dès qu'elle commencera à apparaître et que le pratiquant essaiera d'avoir de la prise ou un contrôle sur elle, il ne sera plus en elle car cette nature véritable ne fonctionne pas comme un moi, elle ne fait pas : elle est.

 

Effectivement le chrétien et le bouddhiste pratiquent avec une idée différente mais en pratiquant leurs techniques on se rend compte qu'elles tendent vers la même chose car la réalisation est au delà de l'idée et de l'état d'esprit dans lequel on pratique car cette idée ; cet état d'esprit nous appartiend mais pas la réalisation : nous n'avons aucun pouvoir sur elle... notre pratique ne fait que, comme le disent les bouddhistes, créer en nous les conditions favorables pour que la réalisation puisse s'élever en nous. Ce que les chrétiens disent ainsi : l'union divine ne peut être produite par un effort personnel, elle est un don de Dieu... Ainsi notre effort (qui n'est pas mince pour autant) consiste à nous rendre de plus en plus réceptif à ce don.

Le but ultime des chrétiens est de contempler Dieu et d'être un avec Lui. Ce qui est indissociable car on ne peut pas vraiment voir Dieu qui est l'Inconnaissable, l'Incréé, on ne peut qu'être Un avec Lui, faire l'expérience de Dieu. Car Dieu est au-delà de tout ce que l'on peut penser, imaginer, concevoir et même sentir ou ressentir : les sentiments d'Amour intense, d'ouverture, de Joie, de Paix... que l'on peut ressentir parfois dans la prière ou l'oraison ne sont pas des visions de Dieu, ce ne sont que des effets de sa présence.

Le but ultime des bouddhistes est de contempler la véritable nature des choses et de leur être et ici encore, on ne peut véritablement voir, on ne peut que réaliser, être avec.

Ainsi chrétiens et bouddhistes pratiquent dans un même but : réaliser ce qui Est, être Un avec ce qui Est. Chez les bouddhistes l'essence de ce qui Est, de la vacuité, est Compassion (au sens oriental du terme, c'est à dire, un état d'esprit altruiste orienté vers le Bonheur de tous les êtres sans exception et leur libération de la souffrance ; c'est une vertu transcendante qui, dans sa forme ultime n'appartiend pas au moi). Chez les chrétiens l'essence de ce qui Est, l'essence de Dieu est Amour, ou plus précisement Charité* (qui est l'équivalent chrétien de la Compassion bouddhiste).

 

 

Même s'il est important, à un certain moment de notre cheminement spirituel de choisir une seule voie et de la suivre pour ne pas se disperser, je crois qu'il est aussi interessant, lorsque l'on appartiend à une tradition spirituelle, de s'interresser quelque peu à une autre voie afin d'avoir un autre angle de vue sur l'absolu, ce qui peut permettre de dépasser les notions de concepts et de pénétrer le véritable sens de notre tradition. Mais pour arriver à cela il faut bien se dire que tant que l'on aura pas trouvé le point de jonction entre ces voies, ce ne sera pas du à une défaillance de l'enseignement d'un maître spirituel réalisé mais à notre mauvaise compréhension.



* La Charité est ici à prendre dans sa définition chrétienne et non usuelle. En effet, dans le langage courant, quand on parle de charité chrétienne, on entend surtout donner aux pauvres ce dont ils manquent. Cette charité temporelle est englobée dans la véritable Charité mais cette dernière ne se limite pas à cet aspect matériel. La définition de la Charité c'est « Aimer son prochain comme soi-même pour l'Amour de Dieu ». Ainsi, si l'on aime son prochain comme soi-même, on va vouloir pour lui ce que l'on veut pour nous, c'est à dire qu'il soit libéré de la souffrance et qu'il trouve le Bonheur. Or, pour un chrétien, le Bonheur ne peut se concevoir en dehors de la familiarité avec Dieu. Celui qui pratique la Charité peut non seulement aider les autres au niveau temporel mais aussi les guider vers Dieu, vers leur dimension intérieure qui touche à l'absolu.

Quand, dans la définition de la Charité, on précise « pour l'Amour de Dieu », cela sous entend que cette vertu n'est pas seulement le fait de l'homme ; elle nait lorsque ce dernier contemple, ou entre-apperçoit, la nature de Dieu.


 

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Published by Ananie - dans Textes
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David-Marie 31/01/2013 15:05

Bonjour Ananie,

Je suis heureux de lire votre réponse à mon commentaire. C’est rare de voir de nos jours une discussion intelligente et réfléchie sur un grand sujet comme la religion. Oui en effet, il est clair
que le vocabulaire et l’angle de vue du bouddhisme et du christianisme est radicalement différent.

Il est possible que des enseignements bouddhistes évoquent la notion de Dieu, mais les bonzes ou les moines de cette tradition n’oseront jamais le dire ouvertement ! Et pour cause, sinon ce serait
une trahison d’eux-mêmes et ce serait un reniement de leur propre conviction ; conviction qui rejoint les paroles de Bouddha (Siddharta Gautama) déclarant : « Ce n’est ni Dieu ni l’Être ni un
hasard sans cause qui a nous créés. Nous devons abandonner l’hérésie d’adorer Dieu et de faire des prières pour Lui. ». C’est donc bien ici qu’apparaît cette notion de vacuité et de néant sur
laquelle repose le bouddhisme.

Vous me dites que le bouddhisme porte des fruits : « l’amour des autres, la compassion, la guérison des souffrances...etc ». Je suis effectivement en accord avec ces principes, mais ils ne sont pas
l’exclusivité du bouddhisme et ce n’est pas non plus ce bouddhisme qui les a inventé. La Bible est la première et la plus ancienne Écriture sainte qui en parle. N’oublions pas que la Bible est à ce
jour attestée être la plus ancienne Écriture sainte à l’origine de toute la Création dans laquelle nous vivons. Tous les grands historiens et théologiens sont universellement d’accord à ce
sujet.

J’aimerai beaucoup vous citer ici une importante expérience que j’ai eu avec une personne de tendance bouddhiste et qui s’affichait comme non croyante en Dieu : cette personne savait que j’étais
chrétien, elle m’a questionné sur l’existence de Dieu avec un ton moqueur. Je lui ai simplement répondu « Où est-il Celui qui vous fait dire face à moi que Dieu n’existe pas ? Est-ce le néant, le
vide ou la vacuité qui vous a créé être humain pour venir me dire tout cela ? Quel est l’objet, l’être humain ou l’animal qui peut exister, vivre et se mouvoir sans qu’il y ait un géniteur derrière
? Un pot en argile peut-il exister par lui-même en l’absence totale de tout potier ? Une plante peut-elle exister et croître en l’absence de graine originelle ? Vous-même du point de vue seulement
humain, vous existez grâce à votre géniteur qui n’est autre que votre père filial. Donc un jour, vous devrez forcément admettre d’un point de vue existentiel et métaphysique que la Création dans
laquelle nous vivons a son géniteur qui n’est autre que Dieu le Père. Le Christ est là pour nous le rappeler : Notre Père qui es aux cieux... (Mt 6, 9-13) ». Voyez-vous, Ananie, j’ai ainsi parlé
très calmement et posément à cette personne qui cherchait à remettre en cause ma foi en Dieu. Je peux vous dire que cette personne a été très surprise et ne s’attendait pas du tout à une telle
réponse ! Elle a baissé son regard et n’a pas insisté davantage.

Ananie vous dites « Si l’on considère, comme les Pères de l’Église, qu’aucun de ces fruits ne peut exister sans l’action de Dieu, alors il est nécessaire de reconnaître que Dieu agit aussi dans et
par le bouddhisme. ». En effet aucun fruit ne peut exister et s’accomplir sans l’action de Dieu, mais nous ne pouvons pas rendre Dieu responsable du nihilisme. En effet, Dieu a créé l’homme à son
image (Gn 1, 27), mais il lui donne ce pouvoir de libre-arbitre, de choisir entre le bien ou le mal (Gn 2, 16-17 et Gn 3). Et c’est bien dans ces premières Paroles de la Sainte Bible que se trouve
la genèse du mystère de l’existence surpassant notre entendement que l’homme doit ultimement discerner et comprendre afin d’accéder au Royaume de Dieu et obtenir la Vie Éternelle.

Je vous renouvelle ma joie que j’ai à parcourir votre blog et à échanger ainsi avec vous dans le respect mutuel et la sincérité du cœur. Méditons cette splendide déclaration de saint Paul dans le
livre des Actes des Apôtres : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (Ac 12, 21).

Fraternellement en union de prière. David-Marie.

Ananie 31/01/2013 21:24



Excusez moi David-Marie, mais les bouddhistes ne sont absolument pas nihilistes.


Et je n'ai jamais dit qu'ils employaient le mot Dieu, mais que lorsqu'ils parlaient de l'absolu, de l'essence des choses, en fait ils parlaient de ce que nous, nous entendons par "Dieu".


De plus la notion de vacuité n'a rien à voir avec le vide ou le néant. Dire que la vacuité c'est le vide, c'est comme si un bouddhiste venait dire à un chrétien : "Je ne crois pas en votre Dieu
qui est un barbu dans les nuages". Cela n'a aucun sens. On peut avoir cette compréhension en étudiant le bouddhisme de manière très superficielle, mais en allant plus en profondeur, on se rendra
compte qu'il ne s'agit abolument pas de ça.


Le mot vacuité est, dans le bouddhisme tibétain, la traduction d'un mot tibétain qui signifie quelque chose comme "l'essence véritable de toute chose".


Si l'on écoute des enseignements bouddhistes sur la vacuité ou que l'on lit St Jean de la Croix qui parle de Dieu, on trouvera les mêmes mots employés.


De même le traité de théologie mystique du pseudo Denys l'Aréopagite (voir ICI) rejoint beaucoup les enseignements
bouddhistes sur la vacuité.


La notion de vacuité dans le bouddhisme est là pour expliquer que la véritable essence des choses est au delà de toute conception que l'on pourrait en avoir. Ce n'est pas le vide, c'est le vide
de compréhension. De même que la véritable Foi est, comme le dit St Jean de la Croix, une nuit de l'entendement.


J'aime beaucoup cette phrase d'un grand lama tibétain qui dit :


"Celui qui pense avoir compris la vacuité n'a rien compris ; celui qui se rend compte qu'il ne comprend pas la vacuité commence à comprendre".


Et cette phrase peut également s'appliquer à Dieu.


Tout ceci étant dit, je ne vais pas continuer ce débat, car j'ai l'impression que vous n'avez étudié du bouddhisme que ce qui pourrait vous servir à le réfuter. Or pour véritablement comprendre
une tradition spirituelle, il faut l'étudier en profondeur et avec un coeur ouvert, pendant des années.


De plus les débats de comparaison entre religions qui disent "ma religion est meilleure que celle de l'autre" me fatiguent au plus haut point. Et cela que la religion critiquée soit la mienne ou
celle d'un autre. D'autant plus que la personne qui critique une religion ne la connait généralement que très superficiellement.


Bonne continuation à vous sur votre chemin.



David-Marie 15/01/2013 23:29

Bonjour Ananie, c'est en cherchant des prières pour les repas avec Google que j'ai vu votre blog. Je suis chrétien catholique très pratiquant dans le diocèse de Sens-Auxerre (dép. Yonne). J'ai été
baptisé le 23 avril 2011 par le chancelier du diocèse et reçu la confirmation de l'évêque le 12 juin 2011. Je suis spirituellement très actif dans le doyenné catholique où je réside. Ma foi en Dieu
notre Père est ma force de vie.

J'ai parcouru avec grand intérêt votre essai Bouddhisme et Christianisme. Il est très intéressant et bien rédigé. Je suis accompagnateur de catéchumènes et lors de mon propre catéchuménat j’ai
commenté de nombreux extraits d’Évangiles lus le dimanche (livret de 87 pages et visibles sur internet). J’ai également écrit un commentaire théologique du symbole des apôtres.

En tant que chrétien catholique tout comparatif entre Christ et Bouddha m’interpelle, c’est pourquoi je poste ce commentaire et je me permets d’apporter mon point de vue : il ne faut pas oublier
que Siddhartha Gautama (Bouddha) fondateur du bouddhisme au Ve s. av. J.-C. est certe un grand penseur, mais son défaut majeur est son rejet catégorique de Dieu qui est le Créateur de tout. Dans le
bouddhisme d’origine, la notion de Dieu n’est pas prise au sérieux, Bouddha en parle comme étant accessoire ! La section 2 de l’article suivant est explicite à ce sujet :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Notions_de_dieu_et_de_divinit%C3%A9_dans_le_bouddhisme

Tout chrétien se doit d’être prudent vis-à-vis du bouddhisme qui ne peut être considéré comme une religion au vu de son rejet de l’existence d’un Dieu unique. Pour beaucoup de catholiques, le
bouddhisme est une tradition athée qui à un moment ou l’autre est en contradiction avec le monothéisme absolu de la tradition apostolique.

J’espère sincèrement ne pas heurter une quelconque forme de conviction qui vous serait chère, mais je tenais à mettre les choses au clair afin qu’aucun amalgame ne soit fait entre christianisme et
bouddhisme. En tout cas bravo pour votre blog que j’apprécie. En union de prière.

Ananie 30/01/2013 11:19



Pas de soucis David Marie.


Je comprends ce point de vue, mais je crois qu'il faut aussi prendre en considération le vocabulaire et l'angle de vue qui est très différent entre le bouddhisme et le christianisme.


En fin de compte, les enseignements bouddhistes parlent sans cesse de Dieu, c'est juste qu'il ne le font pas en employant ce mot ("Dieu"). Mais pour vraiment comprendre le point de vue bouddhiste
il est nécessaire de l'étudier en profondeur car c'est une toute autre culture que la notre en occident.


Le bouddhisme porte des fruits : l'amour des autres, la compassion, la guérison des souffrances...etc. Si l'on considère, comme les Pères de l'Eglise, qu'aucun de ces fruits ne peut exister sans
l'action de Dieu, alors il est nécessaire de reconnaître que Dieu agit aussi dans et par le bouddhisme.


Quoi qu'il en soit, il me semble qu'il est surtout important de suivre la voie dans laquelle Dieu nous a conduit en respectant celles des autres, surtout si celles-ci participent à
l'établissement de la loi d'amour dans les coeurs et sur la Terre.